Pastef : un ancien ministre soupçonné d’être la « taupe » de Diomaye

Peaceful coastline scene with moored boats and distant colorful buildings under a clear sky.Photo : Lom Doudou / Pexels

La cohabitation entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, longtemps présentée comme un binôme indestructible, connaît une zone de turbulences que le parti Pastef peine désormais à dissimuler. Selon des informations relayées à Dakar, un ancien ministre, encore proche du premier cercle de Sonko, serait désigné en interne comme la « taupe » du chef de l’État. L’affaire, d’abord chuchotée dans les couloirs du pouvoir, prend désormais une dimension politique qui interroge la solidité de l’attelage exécutif.

Une suspicion qui fracture le premier cercle de Sonko

Au sein de Pastef, le soupçon n’est pas anodin. Désigner un cadre comme relais d’informations confidentielles auprès du palais présidentiel revient à acter, en creux, l’existence de deux camps distincts au sommet du parti au pouvoir. L’ancien ministre visé, dont l’identité circule dans les cercles militants sans avoir fait l’objet d’une confirmation officielle, conserve un accès direct aux réunions stratégiques du Premier ministre. Cette proximité expliquerait, selon les partisans de Sonko, la rapidité avec laquelle certaines décisions ou désaccords internes parviendraient à la présidence.

La mécanique du soupçon s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis l’installation du nouvel exécutif en avril 2024, plusieurs arbitrages sensibles, notamment sur les nominations à la tête d’agences publiques et sur la gestion de dossiers économiques, ont nourri l’idée d’une divergence d’approches entre les deux têtes de l’exécutif. La désignation supposée d’une « taupe » apparaît, à cet égard, comme la cristallisation de tensions accumulées plutôt que comme un incident isolé.

Diomaye et Sonko, un tandem mis à l’épreuve

Le duo Diomaye-Sonko avait construit son ascension sur la promesse d’une rupture institutionnelle et d’une loyauté politique sans faille. La victoire présidentielle de mars 2024, obtenue dès le premier tour, avait scellé une équation rare en Afrique de l’Ouest : un chef de l’État porté au pouvoir par la figure tutélaire de son Premier ministre, lui-même empêché de se présenter. Ce schéma, exceptionnel, repose entièrement sur la confiance mutuelle. Toute brèche dans ce dispositif fragilise l’ensemble de l’édifice gouvernemental.

Concrètement, les observateurs notent que les arbitrages budgétaires, les choix de politique étrangère et la conduite des dossiers judiciaires hérités de l’ère Macky Sall constituent autant de lignes de friction potentielles. La présidence, dépositaire constitutionnelle du dernier mot, dispose de ses propres canaux d’information. La Primature, elle, défend une lecture plus militante de l’action publique, fidèle à l’ADN contestataire de Pastef. Entre les deux, les marges d’incompréhension se creusent.

Un enjeu de gouvernance pour le Sénégal

Au-delà de la péripétie partisane, la révélation d’une suspicion d’espionnage politique au sein de Pastef pose une question de gouvernance. Le Sénégal traverse une séquence économique délicate, marquée par l’audit des finances publiques, les renégociations avec les bailleurs internationaux et la montée en puissance de l’exploitation pétrolière et gazière. Dans ce contexte, la stabilité du couple exécutif conditionne directement la lisibilité des réformes engagées et la confiance des investisseurs étrangers.

Les cadres de Pastef redoutent par ailleurs un effet domino. Si l’identité de l’ancien ministre visé venait à être publiquement confirmée, une recomposition des équilibres internes serait probable, avec des conséquences sur la composition du gouvernement et, possiblement, sur la prochaine architecture du parti. Plusieurs voix, du côté des partisans historiques de Sonko, plaident déjà pour un assainissement rapide afin d’éviter que la rumeur ne se transforme en crise ouverte.

Reste que la présidence, jusqu’ici, n’a pas commenté ces allégations. Le silence du palais, conjugué à la prudence du Premier ministre sur le sujet, alimente paradoxalement les spéculations. Dans une formation politique forgée dans la clandestinité judiciaire et la résistance, la question de la loyauté revêt une charge symbolique particulièrement lourde. Pour l’heure, le débat se joue à huis clos, mais ses prolongements pourraient peser sur la conduite des affaires publiques dans les prochains mois. Selon Seneweb, l’affaire de la « taupe » présumée continue de nourrir les conversations dans les milieux proches du pouvoir sénégalais.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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