Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a publiquement appelé Téhéran à rétablir le dialogue avec l’organisation onusienne, gelé depuis les frappes israéliennes et américaines de l’été 2025 contre plusieurs sites nucléaires iraniens. Cet appel illustre la profondeur de l’impasse diplomatique qui oppose la République islamique à la communauté internationale sur son programme atomique.
Une rupture née des frappes de l’été 2025
La crise entre l’Iran et l’AIEA s’est cristallisée après les bombardements menés contre les installations de Natanz, Fordo et Ispahan, au cœur du dispositif d’enrichissement iranien. Téhéran a accusé l’agence de Vienne d’avoir indirectement facilité ces frappes en publiant, peu avant les opérations, un rapport pointant le non-respect par l’Iran de ses engagements en matière de garanties. Le Parlement iranien a en réponse adopté une loi suspendant la coopération avec l’agence onusienne, contraignant les inspecteurs à quitter le territoire.
Depuis, les canaux techniques entre l’organisation et l’Organisation iranienne de l’énergie atomique fonctionnent au ralenti. Quelques visites limitées ont été autorisées, notamment pour le remplacement de caméras de surveillance sur des sites secondaires, mais les inspecteurs n’ont plus eu accès aux installations frappées ni aux stocks d’uranium enrichi à 60 %. Ce niveau, proche du seuil militaire de 90 %, constitue le principal sujet d’inquiétude des chancelleries occidentales.
L’appel de Grossi : pression diplomatique ou ouverture ?
Rafael Grossi a réitéré que le mandat de l’AIEA ne pouvait s’exercer qu’à travers un dialogue continu avec les autorités iraniennes. Le diplomate argentin a souligné que l’absence prolongée de vérifications crédibles ouvrait un angle mort dangereux dans le régime international de non-prolifération. Selon lui, seule la reprise des échanges permettrait de clarifier l’état réel des installations endommagées et la localisation des matières fissiles produites avant le conflit.
Cette sortie publique intervient alors que les capitales européennes, signataires de l’accord de Vienne de 2015 (JCPOA), ont activé en septembre le mécanisme dit de snapback, rétablissant les sanctions onusiennes contre Téhéran. La fenêtre diplomatique apparaît d’autant plus étroite que l’administration américaine maintient une pression maximale, tout en laissant entendre qu’une négociation reste possible sur la base d’un démantèlement vérifiable.
Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a conditionné toute reprise du dialogue à des garanties claires sur la sécurité des sites et à un engagement écrit excluant le partage d’informations sensibles avec des États tiers. Le guide suprême Ali Khamenei, dans plusieurs discours récents, a durci la posture officielle en évoquant une révision possible de la doctrine nucléaire iranienne, jusque-là officiellement défensive.
Un enjeu stratégique pour le Golfe et la Méditerranée
L’opacité actuelle autour des capacités nucléaires iraniennes nourrit l’inquiétude des monarchies du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui craignent un effet de bascule régional. Riyad a rappelé à plusieurs reprises que toute militarisation avérée du programme iranien entraînerait une reconsidération de sa propre posture, alors que le royaume développe un programme civil avec l’appui de partenaires asiatiques et américains. La Turquie et l’Égypte observent également la séquence avec attention.
Pour les acteurs économiques, l’incertitude pèse lourdement sur les flux énergétiques. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, demeure exposé à toute escalade. Les compagnies d’assurance maritime ont relevé leurs primes de guerre dans la zone depuis le printemps, et les armateurs du Golfe redoutent un nouveau cycle de tensions si la médiation de l’AIEA échoue.
Reste que la marge de manœuvre de Rafael Grossi se réduit. Sans mandat élargi du Conseil des gouverneurs et sans signal politique fort de Washington ou Téhéran, l’agence onusienne risque de se voir cantonnée à un rôle d’observateur impuissant. Concrètement, la prochaine réunion du Conseil, prévue dans les semaines à venir, constituera un test pour la capacité de la diplomatie multilatérale à recoudre un dossier devenu existentiel pour la stabilité du Moyen-Orient. Selon Al Akhbar.
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