L’attaque de la base militaire de Bagmoussa, dans le centre-est du Burkina Faso, a fait au moins 28 morts dans les rangs des forces de défense et de sécurité, selon un bilan provisoire communiqué après l’assaut mené par des combattants armés tôt le mercredi 22 avril. Plusieurs soldats et membres des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) figurent également parmi les disparus, alors que les opérations de ratissage se poursuivent dans une zone soumise depuis des mois à une pression jihadiste intense. L’offensive constitue l’un des épisodes les plus meurtriers enregistrés cette année contre une emprise militaire burkinabè.
Une attaque coordonnée à l’aube contre la base de Bagmoussa
L’assaut a été déclenché aux premières heures du jour, profitant de la faible visibilité et de la fatigue des sentinelles. Les assaillants, lourdement armés et venus à moto en colonnes serrées, ont ciblé simultanément plusieurs points névralgiques de l’emprise militaire de Bagmoussa, située dans le centre-est du pays, à la lisière de zones où circulent activement les groupes affiliés au Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM). Les combats ont duré plusieurs heures avant que les renforts ne parviennent à dégager la position.
Le bilan officiel provisoire fait état de vingt-huit tués parmi les militaires et les supplétifs civils mobilisés au sein des VDP, ces auxiliaires recrutés depuis 2020 pour densifier le maillage territorial face à la menace armée. Plusieurs combattants demeurent portés disparus, ce qui pourrait alourdir le décompte dans les prochaines heures. Du matériel roulant, des armes et des munitions ont par ailleurs été emportés par les agresseurs lors de leur repli, selon des sources sécuritaires locales.
Un centre-est devenu poreux face aux groupes armés
Longtemps considérée comme moins exposée que le Sahel ou la boucle du Mouhoun, la région du centre-est s’est progressivement enfoncée dans la spirale sécuritaire qui frappe le Burkina Faso depuis 2015. La proximité avec les frontières togolaise et béninoise en fait un corridor stratégique pour les katibas opérant dans le nord du Bénin et susceptibles de basculer vers l’intérieur du territoire burkinabè. Bagmoussa, comme d’autres positions avancées, sert de verrou symbolique à des axes routiers que les autorités peinent à sécuriser durablement.
La répétition des attaques contre des bases isolées interroge la doctrine de déploiement adoptée par l’état-major. Les emprises de moindre envergure, dotées d’effectifs réduits et de capacités de réaction limitées, demeurent des cibles privilégiées pour des assaillants qui exploitent leur mobilité et leur connaissance fine du terrain. Plusieurs analystes régionaux pointent depuis des mois la nécessité de réviser la cartographie des positions, en privilégiant des bases plus robustes mais moins nombreuses, mieux soutenues par l’aviation et le renseignement.
Pression militaire et coût politique pour Ouagadougou
Pour les autorités de transition dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré, chaque revers de cette ampleur constitue un défi politique autant que militaire. Le pouvoir, arrivé aux affaires en septembre 2022 sur la promesse explicite de restaurer l’intégrité territoriale, a multiplié les commandes d’équipements, le recrutement de VDP et le rapprochement diplomatique avec Moscou et avec ses partenaires de l’Alliance des États du Sahel, aux côtés du Mali et du Niger. Les pertes répétées dans les rangs des forces armées nationales rendent toutefois plus difficile la communication officielle sur les progrès opérationnels revendiqués.
Sur le plan humanitaire, l’insécurité dans le centre-est aggrave les déplacements internes et asphyxie l’économie agricole d’une région densément peuplée. Le pays compte encore plus de deux millions de personnes déplacées internes selon les estimations onusiennes les plus récentes, avec un accès humanitaire restreint dans plusieurs communes sous emprise des groupes armés. Les attaques contre les positions militaires alimentent un sentiment d’isolement parmi les populations rurales, dont beaucoup considèrent les VDP comme leur dernier rempart.
Reste que la reconquête militaire annoncée à Ouagadougou se heurte à la résilience d’adversaires éclatés mais agiles, capables de concentrer ponctuellement des forces importantes contre des cibles choisies. L’attaque de Bagmoussa rappelle que la stabilisation du Burkina Faso dépend autant de réformes opérationnelles que de la capacité du pouvoir à entretenir le moral d’une troupe éprouvée par près d’une décennie de guerre asymétrique. Selon RFI Afrique.
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