Kolwezi : quatre études révèlent une pollution massive autour des mines

Aerial view of a large, barren open-pit mine featuring machinery and textured soil layers.Photo : Mike van Schoonderwalt / Pexels

La pollution autour des mines de cuivre et de cobalt de Kolwezi, dans la province du Lualaba au sud-est de la République démocratique du Congo, vient de recevoir une confirmation scientifique inédite. Quatre études indépendantes parues en juin convergent vers un même constat : les populations riveraines des sites extractifs subissent une exposition à des contaminants à des niveaux que la littérature médicale associe à des pathologies graves. Sur le terrain, les habitants évoquent depuis longtemps une poussière persistante qui s’abat sur leurs habitations à la manière d’un brouillard, certains foyers étant contraints de nettoyer leur logement trois à quatre fois par jour.

Une pollution documentée à la source de la chaîne mondiale du cobalt

La région de Kolwezi concentre une part déterminante de la production mondiale de cobalt, métal stratégique pour les batteries lithium-ion qui équipent véhicules électriques et électronique grand public. Cette concentration industrielle a un revers que les nouvelles publications quantifient désormais avec précision. Les chercheurs y mesurent des niveaux de poussières, de métaux lourds et de polluants atmosphériques qui débordent largement des emprises minières pour gagner les quartiers résidentiels voisins.

Un médecin exerçant à Kolwezi rapporte qu’il ne se passe pas une journée sans qu’un patient présente des symptômes imputables à la qualité de l’air. Affections respiratoires, irritations cutanées, troubles chroniques : le tableau clinique recoupe les profils d’exposition décrits dans d’autres bassins miniers à forte intensité, qu’il s’agisse des Andes péruviennes ou de la Zambie voisine. La spécificité congolaise tient à la proximité immédiate entre fosses industrielles, sites artisanaux et habitat dense.

Un enjeu de souveraineté sanitaire pour Kinshasa

Pour les autorités congolaises, ces publications interviennent à un moment charnière. Kinshasa cherche à renégocier les termes de sa participation à la chaîne de valeur du cuivre et du cobalt, tout en attirant de nouveaux investissements miniers, notamment chinois et émiratis. La documentation scientifique d’une pollution massive complique l’équation : elle expose les opérateurs à des contentieux potentiels, fragilise la communication des grands acheteurs occidentaux soumis à des obligations de diligence raisonnable, et nourrit la contestation sociale dans une province déjà sous tension.

Les chaînes d’approvisionnement européennes et nord-américaines sont directement concernées. Le règlement européen sur les batteries impose progressivement aux fabricants une traçabilité environnementale et sociale des matières premières. Les conclusions des études publiées en juin pourraient alimenter ces dispositifs et peser sur les contrats signés avec les raffineurs de cobalt présents dans la région, dont plusieurs filiales de groupes internationaux.

Mines artisanales et industrielles : une responsabilité partagée

La pollution de Kolwezi ne se résume pas à l’activité des grands opérateurs. Le secteur artisanal, qui rassemble des dizaines de milliers de creuseurs dans le bassin du Lualaba, contribue également à la dégradation environnementale, en particulier par les rejets non maîtrisés issus du traitement rudimentaire des minerais. Les études récentes ne distinguent pas toujours les contributions respectives des deux filières, mais elles soulignent l’imbrication géographique des sites et la difficulté, pour les riverains, d’identifier l’origine précise des nuisances.

Les ONG actives dans la région réclament depuis plusieurs années la mise en place de réseaux indépendants de mesure de la qualité de l’air, ainsi que des campagnes épidémiologiques pilotées par les autorités sanitaires provinciales. Jusqu’à présent, ces dispositifs sont demeurés embryonnaires, faute de financement pérenne et de portage politique au niveau national. Les nouvelles études pourraient relancer le débat sur la création d’un observatoire sanitaire dédié à l’arc cuprifère congolais.

Reste à savoir quelle suite Kinshasa donnera à ce faisceau de constats. La gouvernance environnementale du secteur minier figure parmi les chantiers les plus sensibles du second mandat de Félix Tshisekedi, alors que les recettes tirées du cuivre et du cobalt restent la première ressource budgétaire du pays. Selon RFI Afrique, les communautés concernées attendent désormais une réponse à la hauteur des constats scientifiques.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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