La position affichée par Benyamin Netanyahou sur le dossier du sud du Liban conforte l’hypothèse d’une occupation prolongée de plusieurs positions frontalières par l’armée israélienne, malgré les échéances évoquées dans les canaux diplomatiques. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, le chef du gouvernement israélien refuse tout retrait complet et s’oppose à l’implication de contingents ou d’observateurs européens dans le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu. La ligne rouge tracée par Tel-Aviv complique singulièrement la feuille de route défendue par Beyrouth et ses partenaires occidentaux.
Un statu quo militaire imposé au sud du Litani
Depuis l’entrée en vigueur de la trêve avec le Hezbollah, l’armée israélienne conserve plusieurs points hauts et zones tampons de part et d’autre de la Ligne bleue. Netanyahou justifie ce maintien par des impératifs sécuritaires, notamment la crainte d’une reconstitution des capacités offensives du parti chiite à proximité immédiate de la Galilée. Le calendrier de retrait, initialement annoncé comme court, a déjà été prolongé à plusieurs reprises. Le message adressé aux médiateurs est désormais explicite : la présence israélienne se prolongera aussi longtemps que Tel-Aviv jugera insuffisantes les garanties fournies par l’État libanais et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL).
Concrètement, cette posture vide de sa substance l’accord de novembre censé restaurer la souveraineté libanaise sur la bande frontalière. Les autorités de Beyrouth se retrouvent dans une position inconfortable, tenues de déployer l’armée régulière dans des villages encore partiellement occupés, sans pouvoir garantir aux habitants un retour sécurisé. Les destructions massives observées à Aïta ech-Chaab, Kfar Kila ou Mays al-Jabal ajoutent une dimension humanitaire à un dossier déjà saturé de contentieux militaires.
Le veto contre une présence européenne
Le second axe de la ligne Netanyahou touche à la composition du dispositif de supervision. Plusieurs capitales européennes, Paris et Rome en tête, plaident pour un renforcement du volet civil et militaire du monitoring, avec un rôle accru d’officiers issus de l’Union européenne. Cette option, portée par la diplomatie française qui copréside le mécanisme de suivi du cessez-le-feu aux côtés des États-Unis, est désormais frontalement rejetée par le cabinet israélien. Tel-Aviv privilégie un tête-à-tête avec Washington et se méfie d’observateurs jugés trop conciliants à l’égard de Beyrouth ou trop critiques des opérations menées par Tsahal.
Ce refus met en difficulté Emmanuel Macron, qui avait investi un capital politique important dans le règlement libanais et misait sur une internationalisation contrôlée du dossier. Pour Bruxelles, l’écart devient patent entre l’ambition affichée d’un rôle stratégique au Levant et la capacité réelle à peser sur les paramètres militaires de la trêve. La Ligue arabe et plusieurs chancelleries du Golfe observent l’épisode avec attention, y voyant la confirmation d’un affaiblissement structurel du levier européen dans les crises régionales.
Beyrouth face à une équation politique intenable
Pour le pouvoir libanais, la fenêtre est étroite. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam doivent démontrer leur capacité à faire respecter la souveraineté nationale tout en évitant une reprise des hostilités qui achèverait de fragiliser une économie exsangue. La question du désarmement du Hezbollah au sud du Litani, exigence israélienne centrale, se heurte à des équilibres internes que le nouvel exécutif ne peut bousculer sans risquer une crise politique majeure. Reste que l’immobilisme profite mécaniquement à la partie qui contrôle le terrain.
Sur le plan économique, la prolongation de l’occupation gèle toute perspective de reconstruction dans les caza frontaliers, où les besoins sont estimés à plusieurs milliards de dollars. Les bailleurs du Golfe, sollicités pour financer la relance, conditionnent leur engagement à des garanties politiques que Beyrouth peine à offrir tant que le tracé militaire demeure incertain. Dans le même temps, l’administration américaine multiplie les signaux d’un désengagement diplomatique progressif, laissant les acteurs régionaux gérer un dossier devenu structurellement instable. Selon Al Akhbar, l’entourage de Netanyahou considère qu’un retrait complet reste hors de portée à court terme.
Pour aller plus loin
Liban : Beyrouth face au dilemme d’une nouvelle méthode de négociation · Yémen : Sanaa vise le pipeline Est-Ouest et menace le pétrole saoudien · Bandar Abbas sous tension : la vie iranienne à l’ombre de la guerre

Be the first to comment on "Netanyahou refuse le retrait du Sud-Liban et écarte les Européens"