L’Algérie et la Chine entendent franchir un nouveau palier dans leur coopération minière. Les autorités des deux pays multiplient les signaux en faveur d’un partenariat élargi, qui dépasserait la simple extraction pour englober la transformation locale, la formation et le transfert de savoir-faire. Pour Alger, l’enjeu est double : accélérer la diversification d’une économie encore arrimée aux hydrocarbures et capter une part de la chaîne mondiale des métaux stratégiques. Pékin, de son côté, sécurise ses approvisionnements en ressources critiques sur la rive sud de la Méditerranée.
Un partenariat minier algéro-chinois recalibré
Le rapprochement entre Alger et Pékin dans le secteur minier n’est pas nouveau, mais il change de nature. Les opérateurs chinois, déjà présents dans plusieurs grands projets algériens, sont désormais appelés à s’inscrire dans une logique industrielle intégrée plutôt que dans une exploitation purement extractive. Cette inflexion répond à la stratégie minière nationale révisée ces dernières années par les autorités algériennes, qui conditionne l’accès aux gisements à des engagements en matière de valeur ajoutée locale.
Le gouvernement algérien a fait du secteur des mines l’un des piliers de sa politique de relance hors hydrocarbures. Les autorités tablent sur les ressources en fer, en zinc, en phosphates et en métaux rares pour bâtir une nouvelle filière d’exportation. Dans ce schéma, la Chine apparaît comme un partenaire technologique et financier capable d’accompagner la montée en cadence, là où les majors occidentales se sont longtemps montrées prudentes face au risque algérien.
Ghar Djebilet et Bled El Hadba, vitrines de la coopération
Deux projets phares cristallisent cette nouvelle séquence. Le gisement de fer de Ghar Djebilet, dans le sud-ouest du pays, demeure le symbole de l’ambition minière algérienne. Estimé parmi les plus importants au monde, il associe déjà des groupes chinois à des partenaires nationaux pour son développement, son traitement et l’évacuation logistique de la production. La déphosphoration du minerai, longtemps présentée comme un verrou technique, mobilise désormais l’expertise d’industriels chinois.
Le second pilier concerne le phosphate intégré de Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, à l’est du pays. Ce mégaprojet, piloté par un consortium algéro-chinois, vise à transformer localement le minerai en engrais et en produits dérivés à forte valeur ajoutée. Les infrastructures associées, des unités de transformation aux raccordements ferroviaires, dessinent une chaîne industrielle complète. Concrètement, l’objectif affiché est de positionner l’Algérie parmi les premiers exportateurs mondiaux de phosphates transformés.
Métaux critiques et souveraineté économique
Au-delà du fer et du phosphate, le dialogue bilatéral s’étend désormais aux métaux critiques nécessaires à la transition énergétique. Le zinc, le plomb, le manganèse et certaines terres rares figurent au cœur des discussions. La Chine, qui domine déjà l’essentiel des chaînes de traitement de ces minerais, cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement face aux tensions commerciales avec les puissances occidentales. Le Sahara algérien, encore largement sous-exploré, offre à cet égard un potentiel jugé considérable.
Cette dynamique s’inscrit dans le cadre plus large du partenariat stratégique global qui lie les deux pays depuis 2014, et qui a été réaffirmé lors des récentes visites de haut niveau entre Alger et Pékin. Les nouveaux accords envisagés intègrent un volet formation, avec la mise en place de cursus spécialisés dans les écoles d’ingénieurs algériennes, et un volet financier, via des lignes de crédit dédiées aux infrastructures connexes.
Reste que cette convergence ne va pas sans interrogations. La montée en puissance des intérêts chinois dans le sous-sol algérien soulève des questions sur l’équilibre des partenariats, la maîtrise technologique réelle et la part effective revenant aux opérateurs nationaux. Les autorités assurent que les nouveaux contrats prévoient des clauses strictes de contenu local et de transfert de compétences. Pour les analystes, la réussite du modèle se jugera moins aux tonnages extraits qu’à la capacité de l’Algérie à construire, en aval, une véritable industrie minière souveraine. Selon El Watan, les deux capitales préparent une nouvelle salve d’annonces destinées à concrétiser ce partenariat de nouvelle génération.
Pour aller plus loin
La Banque mondiale engage plus de 3 milliards de dollars dans Simandou · Manganèse : Moanda mise sur la formation et l’industrialisation locale · Auplata Mining Group : les zones d’ombre d’un empire minier africain

Be the first to comment on "Mines : Alger et Pékin scellent un partenariat de nouvelle génération"