Côte d’Ivoire : Adama Kamara défend la cotisation sociale comme épargne

Contemporary cityscape of Abidjan featuring high-rise buildings by the waterfront under overcast skies.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

La cotisation sociale n’est pas un impôt mais bien un mécanisme d’épargne au service des travailleurs. Tel est le message martelé par le ministre ivoirien de l’Emploi et de la Protection sociale, Adama Kamara, lors de la sixième édition de la Ronde du social. La rencontre, qui s’inscrit dans une série d’initiatives destinées à rapprocher l’administration des assurés et des employeurs, a donné lieu à un plaidoyer pédagogique en faveur du système contributif ivoirien.

Un argument pédagogique face aux réticences des assurés

Le membre du gouvernement a insisté sur la nature singulière du prélèvement social, souvent assimilé à tort à une charge fiscale supplémentaire. Selon lui, chaque franc versé à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) constitue un droit acquis, mobilisable à terme par le cotisant ou ses ayants droit. Cette distinction n’est pas purement sémantique. Elle conditionne, dans une économie où le secteur informel demeure largement majoritaire, la disposition des actifs à s’enrôler durablement dans les dispositifs existants.

La pédagogie déployée vise un public ciblé : artisans, commerçants, professions libérales et salariés du privé, dont les rapports avec les organismes sociaux restent marqués par la défiance. Adama Kamara a rappelé que les sommes versées alimentent à la fois la retraite, la couverture des accidents du travail et les prestations familiales. À ce titre, la cotisation joue le rôle d’un placement obligatoire, dont le rendement social se mesure sur l’ensemble du cycle de vie professionnelle.

La Ronde du social, instrument de proximité administrative

Lancée pour rapprocher le ministère des publics qu’il sert, la Ronde du social en est à sa sixième édition. Le format combine sensibilisation, échanges directs avec les usagers et présentation des réformes engagées. Il s’agit, pour les autorités d’Abidjan, de gagner la bataille de l’adhésion dans un pays où la couverture sociale effective reste très en deçà de la population active théoriquement éligible.

Le ministre a profité de la tribune pour rappeler les efforts entrepris afin d’élargir l’assiette des cotisants. La Côte d’Ivoire a mis en place ces dernières années un régime social des travailleurs indépendants (RSTI), destiné à intégrer les actifs du secteur informel dans un cadre contributif simplifié. La réussite de ce dispositif dépend précisément de la capacité des pouvoirs publics à convaincre que la cotisation ne constitue pas une ponction sèche mais une promesse de revenu futur.

Un enjeu stratégique pour la soutenabilité du système

Au-delà du discours, l’équation à résoudre est de taille. La démographie ivoirienne, marquée par une population jeune et une espérance de vie en progression, fait peser sur la CNPS un défi de soutenabilité financière à moyen terme. Tout élargissement de la base cotisante renforce les marges de manœuvre de l’institution et conditionne la qualité des prestations servies aux retraités actuels et futurs.

Le ministre s’est par ailleurs employé à dépeindre un système en mutation, soucieux d’améliorer ses standards de service. Digitalisation des procédures, réduction des délais de liquidation des pensions et lutte contre la sous-déclaration figurent parmi les chantiers évoqués. Reste que la confiance se construit dans la durée, et que l’argument de l’épargne ne portera ses fruits qu’à condition d’être adossé à une qualité de service constante.

Pour les analystes du marché du travail, la démarche s’inscrit dans une tendance régionale plus large. De Dakar à Yaoundé, plusieurs gouvernements cherchent à massifier l’affiliation sociale en jouant sur le registre de la responsabilité individuelle plutôt que sur celui de la contrainte. La Côte d’Ivoire, première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), entend ainsi renforcer un pilier essentiel de son modèle social tout en consolidant ses statistiques d’emploi formel. Selon Abidjan.net, le ministre Adama Kamara a porté ce message lors de la sixième édition de la Ronde du social.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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