La crise politique somalienne a franchi un nouveau seuil. Des combats ont éclaté à Mogadiscio à la suite de la prolongation contestée du mandat présidentiel de Hassan Sheikh Mohamud, dont l’échéance approchait. Adoptée en mars, la réforme fait passer la durée du quinquennat de quatre à cinq ans, un changement immédiatement perçu par l’opposition comme une manœuvre destinée à préserver le pouvoir en place. Les détonations entendues dans plusieurs quartiers stratégiques de la capitale confirment que le compromis politique, déjà fragile, n’a pas résisté à l’épreuve du calendrier électoral.
Une réforme constitutionnelle au cœur de la fracture politique
L’allongement du mandat présidentiel n’est pas un détail technique. Dans un pays où l’architecture fédérale demeure inachevée et où la légitimité du pouvoir central se négocie en permanence avec les États membres, toute modification des règles du jeu institutionnel produit des effets en cascade. Les opposants à Hassan Sheikh Mohamud, qui dénoncent un passage en force, estiment que la réforme adoptée au printemps rompt l’équilibre fragile négocié lors des précédents cycles électoraux. Pour ses partisans, en revanche, la prolongation se justifie par la nécessité de stabiliser l’exécutif face aux défis sécuritaires posés par les Chabab, groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda toujours actif dans plusieurs régions du pays.
La temporalité des événements interroge. C’est précisément au moment où le mandat initial du chef de l’État arrivait à expiration que les armes ont parlé. Cette concomitance illustre la difficulté chronique de la Somalie à organiser des transitions politiques apaisées. Depuis la chute du régime de Siyaad Barre en 1991, chaque échéance électorale ou constitutionnelle a charrié son lot de tensions, parfois résolues par des accords de dernière minute, parfois par la confrontation armée.
Mogadiscio, théâtre récurrent des bras de fer institutionnels
La capitale somalienne occupe une place centrale dans la géographie du pouvoir. Siège des institutions fédérales, elle concentre les rivalités entre clans, factions militaires et partis politiques. Les combats qui s’y déroulent ne sont jamais purement urbains : ils traduisent des recompositions plus larges, impliquant des forces de sécurité parfois divisées dans leur loyauté. En 2021 déjà, une tentative similaire de prolongation du mandat présidentiel, sous la précédente mandature, avait débouché sur des affrontements armés entre unités rivales, avant qu’un accord politique ne permette de désamorcer la crise.
Le scénario actuel rappelle dangereusement cet épisode. Les acteurs internationaux, à commencer par les partenaires de la Mission de transition de l’Union africaine en Somalie (ATMIS) et les bailleurs occidentaux, surveillent étroitement la situation. Toute déstabilisation prolongée de Mogadiscio offrirait une fenêtre d’opportunité aux Chabab, qui n’ont jamais cessé de frapper la capitale par attentats interposés. La cohésion des forces de sécurité fédérales, déjà mise à rude épreuve par les retraits programmés des contingents africains, constitue désormais la variable critique.
Une équation régionale aux ramifications stratégiques
Au-delà des frontières somaliennes, la crise interpelle l’ensemble de la Corne de l’Afrique. L’Éthiopie voisine, engagée dans une coopération militaire complexe avec Mogadiscio, et le Kenya, partenaire sécuritaire historique, observent avec inquiétude la résurgence des tensions. Le dossier portuaire de Berbera et les rivalités entre puissances du Golfe, notamment les Émirats arabes unis et le Qatar, ajoutent une dimension géopolitique aux affrontements internes. Chaque acteur extérieur dispose de relais politiques ou économiques à Mogadiscio, ce qui complique toute médiation strictement nationale.
Pour Hassan Sheikh Mohamud, élu en mai 2022 après avoir déjà exercé la fonction présidentielle entre 2012 et 2017, l’enjeu dépasse la simple conservation du pouvoir. Sa capacité à imposer la réforme contestée ou, à l’inverse, à composer avec ses détracteurs déterminera la trajectoire institutionnelle du pays pour les années à venir. Une issue négociée demeure possible, à condition que les armes se taisent rapidement et que les chefs d’État membres de la fédération acceptent un cadre de dialogue inclusif. Reste que les précédents somaliens incitent à la prudence : les sorties de crise y ont souvent été précaires, et le coût humain des bras de fer politiques s’avère systématiquement élevé.
Selon Le Monde Afrique, la prolongation du quinquennat votée en mars constitue l’élément déclencheur direct des combats désormais en cours dans la capitale somalienne.
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