Au Soudan, la création d’un Conseil de sécurité et de défense par les Forces de soutien rapide (FSR) marque une étape supplémentaire dans l’institutionnalisation d’un pouvoir parallèle. Le groupe paramilitaire dirigé par Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemedti, a annoncé la formation de cette nouvelle instance le 1er juin, présentée comme l’organe suprême de coordination politique et militaire des zones placées sous son contrôle. Pour de nombreux observateurs, l’initiative confirme la dérive vers une partition de fait du pays.
Une structure aux allures d’État parallèle
Le Conseil annoncé par les FSR cumule des attributions qui relèvent traditionnellement de la souveraineté étatique. Il chapeaute les questions de défense, de sécurité intérieure et de coordination des opérations, dans un dispositif qui rappelle les architectures gouvernementales classiques. Hemedti en assume la présidence, consolidant un peu plus son rôle de chef politique et non plus seulement de commandant militaire.
Cette montée en puissance institutionnelle s’inscrit dans une stratégie engagée depuis plusieurs mois. Les FSR ont multiplié les gestes destinés à asseoir leur légitimité sur les territoires qu’elles contrôlent, notamment au Darfour et dans une partie du Kordofan. La création du Conseil prolonge la signature, en février, d’une charte politique conclue avec plusieurs mouvements armés et formations civiles alliées, jetant les bases d’un gouvernement parallèle à celui de Port-Soudan.
Crainte d’une partition durable du Soudan
Pour les analystes soudanais, cette architecture parallèle nourrit la perspective d’une scission de fait entre l’ouest, dominé par les paramilitaires, et l’est, contrôlé par les Forces armées soudanaises (FAS) du général Abdel Fattah al-Burhan. Le pays connaît déjà une dualité administrative marquée, avec des circuits économiques, monétaires et humanitaires distincts dans chaque zone. La consolidation institutionnelle revendiquée par les FSR risque d’inscrire cette fracture dans la durée.
Les précédents régionaux nourrissent l’inquiétude. La sécession du Soudan du Sud en 2011 reste dans toutes les mémoires, tout comme les expériences libyenne et yéménite, où la coexistence de gouvernements rivaux a prolongé les conflits et compliqué tout retour à l’unité. Plusieurs voix au sein de la société civile soudanaise redoutent qu’une reconnaissance, même implicite, de cette administration parallèle par des acteurs étrangers n’enterre durablement l’idée d’un État unitaire.
Khartoum, qui ne contrôle plus sa propre capitale depuis le début du conflit en avril 2023, dénonce une manœuvre destinée à légitimer une rébellion armée responsable, selon l’ONU, de violations massives des droits humains. Le gouvernement reconnu par les Nations unies considère que toute structure issue des FSR est dépourvue de fondement juridique et appelle ses partenaires à ne pas reconnaître l’initiative.
Un jeu diplomatique sous haute tension
L’annonce intervient dans un contexte diplomatique extrêmement tendu. Les FSR bénéficient du soutien présumé de plusieurs puissances régionales, accusations régulièrement formulées par Port-Soudan et relayées par des rapports d’experts onusiens. Les Émirats arabes unis, en particulier, sont pointés du doigt, ce qu’Abou Dhabi conteste fermement. À l’inverse, l’armée régulière s’appuie sur l’Égypte, l’Arabie saoudite et, plus discrètement, sur la Turquie et l’Iran pour ses approvisionnements en drones et en munitions.
Sur le terrain, la guerre a déjà fait, selon les estimations onusiennes, plus de 150 000 morts et déplacé près de 13 millions de personnes, dont 4 millions hors des frontières. La famine est désormais déclarée dans plusieurs régions, notamment au Darfour, où les FSR sont accusées d’entraver l’acheminement de l’aide humanitaire. La création du Conseil de sécurité pourrait compliquer encore davantage les négociations conduites sous l’égide de l’Union africaine, de l’Igad et du quartet réunissant Washington, Riyad, Le Caire et Abou Dhabi.
Reste à savoir quelle suite donneront les capitales africaines à cette annonce. L’Union africaine, qui a suspendu la participation du Soudan depuis le coup d’État de 2021, devra arbitrer entre la défense intangible des frontières héritées et la reconnaissance pragmatique d’un rapport de forces militaire. Concrètement, aucune instance multilatérale n’a, à ce stade, validé la légitimité de la nouvelle structure paramilitaire. Selon PressAfrik, l’annonce des FSR alimente les craintes d’une division du pays.
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