Maputo dénonce sept morts mozambicains en Afrique du Sud

Shot of Johannesburg skyline featuring the iconic Hillbrow Tower on a clear day.Photo : K / Pexels

Les autorités mozambicaines ont rendu public un bilan alarmant concernant leurs ressortissants installés en Afrique du Sud. Maputo affirme que sept Mozambicains sont morts ces dernières semaines sur le sol sud-africain, dont cinq victimes directes d’agressions xénophobes. Cette communication officielle intervient alors que les violences contre les communautés étrangères, récurrentes depuis plus d’une décennie dans le pays, refont surface dans plusieurs provinces. Le gouvernement de Filipe Nyusi entend désormais faire pression sur Pretoria pour obtenir des garanties concrètes.

Un bilan officiel qui embarrasse Pretoria

Les services consulaires mozambicains à Johannesburg ont dressé un état des lieux qualifié de préoccupant par les autorités centrales. Sur les sept décès recensés, deux relèveraient de circonstances distinctes, mais les cinq autres résulteraient sans ambiguïté d’actes hostiles motivés par l’origine étrangère des victimes. Le ministère mozambicain des Affaires étrangères, qui suit le dossier de près, a réclamé l’ouverture rapide d’enquêtes par les forces de l’ordre sud-africaines. À Maputo, plusieurs voix au sein de l’exécutif estiment que la passivité face à ces drames récurrents finit par alimenter un sentiment d’impunité.

La diaspora mozambicaine en Afrique du Sud représente l’une des communautés migrantes les plus nombreuses du pays, estimée à plusieurs centaines de milliers de personnes. Beaucoup occupent des emplois dans l’agriculture, les mines, la sécurité privée et le commerce informel. Cette présence ancienne, héritée des grandes migrations de main-d’œuvre du XXe siècle vers les bassins miniers du Witwatersrand, s’est intensifiée depuis l’indépendance et la guerre civile mozambicaine. Reste que la fragilité économique des deux pays alimente une concurrence perçue comme inégale par certaines franges de la population sud-africaine.

Xénophobie endémique et silence diplomatique

Les épisodes de violence anti-étrangers en Afrique du Sud ne datent pas d’hier. Les vagues meurtrières de 2008, puis de 2015 et 2019, avaient déjà ciblé des ressortissants mozambicains, zimbabwéens, nigérians et somaliens. Des mouvements comme Operation Dudula, apparus plus récemment, militent ouvertement pour l’expulsion des migrants jugés en situation irrégulière et entretiennent un climat hostile. Les chiffres du chômage, qui frôlent les 33 % selon les statistiques officielles sud-africaines, servent souvent de toile de fond à ces discours.

Sur le plan diplomatique, la réaction de Maputo apparaît plus ferme qu’à l’accoutumée. Jusqu’ici, les présidences mozambicaines successives avaient privilégié la discrétion, soucieuses de préserver une relation économique vitale avec leur puissant voisin. L’Afrique du Sud demeure le premier partenaire commercial du Mozambique et un employeur majeur pour sa main-d’œuvre transfrontalière. Le port de Maputo, modernisé, dépend en grande partie des flux logistiques venus du Gauteng et du Mpumalanga. Cette interdépendance explique la prudence habituelle des autorités mozambicaines, mais la multiplication des incidents pousse désormais à une parole publique.

Un test pour la Communauté de développement d’Afrique australe

L’affaire interroge également la capacité de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) à traiter les contentieux migratoires entre États membres. L’organisation régionale, qui prône la libre circulation des biens et progressivement des personnes, n’a jamais réellement saisi à bras-le-corps le dossier des violences xénophobes. Les protocoles sur la facilitation des mouvements transfrontaliers, signés au début des années 2000, peinent toujours à entrer en vigueur dans leur intégralité. Or, sans cadre juridique régional contraignant, les ressortissants des pays voisins demeurent exposés à des vulnérabilités qu’aucune représentation consulaire ne peut entièrement compenser.

Pour Pretoria, le défi consiste à concilier les attentes sécuritaires d’une partie de l’opinion intérieure avec les obligations diplomatiques envers ses partenaires régionaux. Le gouvernement d’union nationale issu des élections de mai 2024, où l’African National Congress a dû s’allier à plusieurs formations, est attendu sur sa fermeté face aux groupes anti-migrants. Plusieurs organisations de défense des droits humains réclament des poursuites systématiques et la requalification de certaines agressions en crimes haineux. À Maputo, l’opinion publique surveille désormais la suite donnée aux démarches officielles, alors que les corps des victimes attendent, pour certains, d’être rapatriés. Selon RFI Afrique, les autorités mozambicaines entendent poursuivre la pression diplomatique jusqu’à l’obtention de réponses précises.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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