Soudan : HRW accuse les Émirats d’avoir envoyé des mercenaires colombiens

Memorial plaque for Sudan, the last male northern white rhino, located in Kenya.Photo : Nirav Shah / Pexels

Les Émirats arabes unis font face à de nouvelles accusations dans la guerre qui ravage le Soudan depuis avril 2023. Dans un rapport rendu public le 26 mai 2026, l’organisation Human Rights Watch (HRW) soutient que des combattants colombiens, recrutés sur le sol émirien, auraient été déployés aux côtés des Forces de soutien rapide (FSR), la milice paramilitaire dirigée par Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti. L’ONG affirme disposer d’éléments matériels documentant le transit de ces hommes par des installations militaires émiriennes avant leur acheminement vers le théâtre soudanais.

Une filière de recrutement passant par Abou Dhabi

Selon les investigations menées par l’organisation new-yorkaise, plusieurs dizaines de ressortissants colombiens, anciens militaires pour la plupart, auraient répondu à des offres de contrat formulées par des sociétés privées implantées dans le Golfe. Ces structures, présentées comme spécialisées dans la sécurité et la protection rapprochée, auraient en réalité servi de couverture à un dispositif de projection de combattants vers une zone de conflit active. Le rapport décrit un parcours type : signature à Bogotá ou à Medellín, vol vers les Émirats, séjour dans des emprises militaires, puis transfert vers les positions tenues par les FSR au Darfour ou dans la région de Khartoum.

La Colombie constitue depuis plusieurs années un vivier reconnu pour les sociétés militaires privées du Golfe. D’anciens soldats formés à la lutte antiguérilla y trouvent des rémunérations sans commune mesure avec les soldes locales. Le ministère colombien de la Défense a ouvert plusieurs enquêtes ces derniers mois sur ces filières, après des révélations concernant des déploiements similaires au Yémen et, plus récemment, au Soudan.

Les FSR, accusées de crimes de guerre au Darfour

L’engagement de combattants étrangers aux côtés des Forces de soutien rapide soulève une question juridique de premier ordre. La milice paramilitaire, héritière des janjawids, fait l’objet d’accusations documentées de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans le Darfour occidental, notamment à El-Geneina, où des massacres à caractère ethnique ont été imputés à ses unités. Le procureur de la Cour pénale internationale a confirmé en 2025 l’élargissement de ses investigations aux exactions commises depuis le déclenchement du conflit.

Dans ce contexte, le soutien matériel ou humain apporté aux FSR engage la responsabilité de ses pourvoyeurs au regard du droit international humanitaire. HRW appelle les autorités émiriennes à diligenter une enquête transparente et à lever toute opacité sur les flux logistiques transitant par leur territoire. Abou Dhabi a démenti à plusieurs reprises tout soutien militaire à Hemedti, évoquant une aide strictement humanitaire et des intérêts économiques légitimes dans la région.

Un enjeu diplomatique pour le Golfe et l’Afrique

Ces accusations interviennent à un moment particulièrement sensible pour la diplomatie émirienne. Les pourparlers menés sous l’égide de l’Arabie saoudite et des États-Unis à Djeddah peinent à produire un cessez-le-feu durable, alors que le bilan humain dépasse désormais les 150 000 morts selon les estimations onusiennes les plus récentes, et que près de douze millions de personnes ont été déplacées. Le Caire, Riyad et Washington exercent une pression croissante sur les acteurs régionaux pour qu’ils cessent d’alimenter les belligérants en armes et en combattants.

Reste que la profondeur stratégique investie par les Émirats en Afrique de l’Est et au Sahel rend toute désescalade délicate. Abou Dhabi entretient des relations économiques denses avec les zones contrôlées par les FSR, en particulier autour des circuits aurifères qui transitent par Dubaï. Plusieurs rapports d’experts mandatés par les Nations unies ont déjà pointé ces interconnexions, sans que les sanctions évoquées par certains parlementaires européens et américains ne se matérialisent à ce stade.

Pour Bogotá, l’affaire ravive le débat sur le statut juridique des anciens militaires qui s’engagent à l’étranger. La législation colombienne, en cours de durcissement, peine encore à enrayer un phénomène devenu industriel. Selon RFI Afrique, plusieurs familles colombiennes ont confirmé être sans nouvelles de proches partis travailler dans le Golfe au cours des derniers mois.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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