À Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, président de la transition baptisée « Refondation », s’est exprimé longuement face à la presse pour préciser le cap de son gouvernement et calmer les interrogations qui se multiplient depuis sa prise de fonctions. L’intervention était d’autant plus attendue que l’officier, porté au sommet de l’État par un basculement militaire, n’avait pas livré de feuille de route publique détaillée jusqu’ici. Sa parole engage désormais la crédibilité de la transition malgache aux yeux des partenaires régionaux et des bailleurs.
Une transition sous étroite surveillance régionale
Le pouvoir incarné par le colonel Randrianirina cherche à se présenter comme un projet de refondation institutionnelle plutôt qu’une simple parenthèse militaire. La grande île a connu plusieurs crises politiques majeures depuis les années 2000, et chaque rupture s’est traduite par une suspension ou un encadrement de Madagascar dans les instances continentales. La Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et l’Union africaine (UA) observent de près la trajectoire prise par Antananarivo, en particulier la question du calendrier de retour à un ordre constitutionnel.
Dans sa prise de parole, le président de la Refondation a entendu répondre à plusieurs zones d’ombre. La nature exacte des organes de transition, la durée de la période intérimaire, le sort réservé aux figures de l’ancien exécutif et le format des futures élections constituent autant de marqueurs scrutés par les chancelleries. Les analystes rappellent qu’un défaut de lisibilité sur ces points entraînerait quasi mécaniquement des sanctions diplomatiques susceptibles d’affecter l’accès aux financements concessionnels.
Refondation institutionnelle et signaux économiques
L’ambition affichée par le colonel Randrianirina dépasse la seule réorganisation politique. La Refondation prétend revisiter le pacte social malgache, dans un pays où près des trois quarts de la population vivent sous le seuil de pauvreté selon les estimations de la Banque mondiale. Le discours présidentiel a cherché à articuler refonte institutionnelle et priorités économiques, notamment sur la souveraineté alimentaire, la relance des filières minières stratégiques et la sécurisation du secteur énergétique, encore largement dépendant des importations d’hydrocarbures.
Sur le plan extérieur, Madagascar joue une partition délicate. L’île reste un partenaire courtisé par la France, l’Inde et la Chine dans le canal du Mozambique, zone redevenue stratégique en raison du gaz mozambicain et des routes maritimes vers l’Asie. Le ton retenu par le nouveau pouvoir vis-à-vis de Paris, ancien partenaire de référence, et son positionnement face aux nouvelles puissances actives dans l’océan Indien constituent des indicateurs surveillés par les investisseurs. Les contrats miniers, en particulier autour du nickel, du cobalt et des terres rares, figurent parmi les dossiers les plus exposés à un changement de doctrine.
Pression sociale et défi de la légitimité
La parole publique du colonel Randrianirina s’inscrit dans un contexte intérieur tendu. La contestation qui avait précédé la bascule du pouvoir reposait largement sur la jeunesse urbaine, exaspérée par les coupures d’électricité, la cherté de la vie et la perception d’une élite déconnectée. Le chef de la Refondation doit donc convertir un capital sympathie initial en politique publique tangible, faute de quoi la rue qui l’a porté pourrait se retourner.
Le défi de la légitimité se joue également sur le terrain institutionnel intérieur. Plusieurs partis politiques, syndicats et organisations de la société civile attendent des garanties sur les libertés publiques, le rôle de la justice et l’indépendance des médias durant la transition. La composition annoncée du futur gouvernement, ainsi que la place faite aux civils, sera lue comme un test sur la sincérité du projet de refondation. Le degré d’ouverture aux forces politiques traditionnelles, longtemps écartées du discours officiel ces dernières semaines, déterminera la profondeur du consensus national.
Reste la question du temps. Une transition trop longue éroderait l’adhésion populaire et durcirait les positions des partenaires extérieurs ; une transition trop courte risquerait de figer les rapports de force au profit du pouvoir en place. Le colonel Randrianirina semble avoir choisi de poser un cadre, sans en révéler encore tous les contours. Selon PressAfrik, son intervention vise précisément à dissiper les doutes accumulés depuis sa prise de fonctions.
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