Alaa El-Zoheiry porte l’Égypte à la tête de l’OAA

Aerial view of historic mosques with Cairo cityscape backdrop, showcasing Islamic architecture.Photo : Simon Berger / Pexels

L’élection d’Alaa El-Zoheiry à la présidence de l’Organisation africaine des assurances (OAA) confirme la montée en puissance de l’Égypte sur la scène financière continentale. Le dirigeant succède à la précédente présidence à l’issue de l’assemblée générale de l’organisation, en juin, et hérite d’un mandat dont les chantiers ne manquent pas. Son arrivée s’inscrit dans une séquence où le secteur assurantiel africain cherche à consolider ses bases, alors que le taux de pénétration reste l’un des plus faibles au monde, autour de 3% en moyenne, et concentré pour l’essentiel en Afrique du Sud.

Une présidence égyptienne aux ambitions continentales

Alaa El-Zoheiry n’est pas un inconnu du marché. Président de la Fédération égyptienne de l’assurance et figure reconnue du secteur au Caire, il bénéficie d’un ancrage local solide doublé d’une expérience régionale. Sa désignation à la tête de l’OAA traduit autant la reconnaissance de son parcours que la volonté de l’Égypte de peser davantage dans les arbitrages continentaux liés à la finance non bancaire. Le pays, septième économie d’Afrique, dispose d’un marché de l’assurance dont la croissance a été soutenue ces dernières années par la dépréciation de la livre et l’expansion de la classe moyenne urbaine.

La présidence d’une organisation comme l’OAA, qui fédère depuis 1972 les compagnies d’assurance et de réassurance du continent, confère un pouvoir d’agenda non négligeable. Elle permet d’orienter les priorités, de fixer les thèmes des assises annuelles et d’arbitrer entre les sensibilités régionales, du Maghreb à l’Afrique australe en passant par les zones CIMA et anglophone. Pour Le Caire, l’enjeu est aussi diplomatique : projeter une influence économique au-delà de ses frontières immédiates, dans la continuité d’une politique africaine réactivée depuis plusieurs années.

Un marché continental en quête de profondeur

L’assurance africaine reste un marché de paradoxes. Sa croissance potentielle est régulièrement vantée par les grands réassureurs mondiaux, mais sa réalité demeure étroite. Hors Afrique du Sud, Maroc et Égypte, peu de places affichent une masse critique significative. La fragmentation réglementaire, la faiblesse des produits vie et la difficulté à toucher les populations non bancarisées freinent l’élargissement de la base de souscripteurs. La microassurance et l’assurance indicielle agricole peinent à s’industrialiser malgré des projets pilotes nombreux.

Le nouveau président aura à composer avec ces réalités. Plusieurs dossiers structurants attendent l’OAA, à commencer par l’harmonisation progressive des cadres prudentiels, l’accompagnement de la transition numérique des compagnies et le développement de capacités de rétention sur le continent. Ce dernier point reste sensible : une part importante des primes africaines est encore cédée à l’international, faute de fonds propres suffisants chez les acteurs locaux. La création de pools régionaux et le renforcement de réassureurs continentaux comme Africa Re ou ZEP-Re figurent parmi les leviers identifiés depuis plusieurs années.

Souveraineté financière et nouveaux risques

Au-delà des questions techniques, la présidence égyptienne s’ouvre dans un contexte où la notion de souveraineté financière prend de l’épaisseur. Les chocs successifs, pandémie, flambée des coûts énergétiques, tensions monétaires, ont rappelé la vulnérabilité des économies africaines aux capacités de couverture étrangères. Le débat sur la rétention des primes recoupe celui, plus large, du financement endogène du développement, porté notamment par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

Les risques climatiques constituent l’autre front. Les épisodes de sécheresse au Sahel, les inondations en Afrique de l’Est et en Afrique centrale, ainsi que la montée des cyclones dans l’océan Indien, posent des défis assurantiels inédits. Les compagnies devront affiner leurs modèles de tarification, intégrer des données géospatiales et développer des produits adaptés aux agriculteurs, aux collectivités et aux infrastructures publiques. La transition énergétique ouvre par ailleurs des segments nouveaux, des centrales solaires aux projets miniers stratégiques, qui appellent des couvertures spécifiques.

La présidence d’Alaa El-Zoheiry sera scrutée à l’aune de ces chantiers. Sa capacité à rassembler les marchés francophones, anglophones, lusophones et arabophones autour d’une feuille de route partagée déterminera la portée de son mandat. Selon Financial Afrik, le dirigeant égyptien dispose des relais nécessaires pour imprimer sa marque à l’institution.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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