La première banque africaine par actifs vient d’obtenir un mandat stratégique de la part des autorités monétaires chinoises. Standard Bank, dont le sud-coréen ICBC détient une participation de référence depuis 2007, est désormais habilitée à assurer la compensation des transactions en yuans (renminbi) dans dix-neuf juridictions africaines. La décision, validée par la Banque populaire de Chine (PBoC), institutionnalise un rôle que le groupe johannesbourgeois exerçait déjà de manière informelle pour les flux commerciaux entre l’Afrique et son premier partenaire commercial.
Une infrastructure de paiement adossée au partenariat ICBC
La compensation désigne le processus par lequel les ordres de paiement transfrontaliers sont agrégés, nettés puis réglés via une chambre habilitée. Jusqu’ici, les transactions en renminbi opérées depuis l’Afrique transitaient majoritairement par Hong Kong, Londres ou Maurice, avec des frais et des délais qui pénalisaient les importateurs africains de biens chinois. En confiant ce maillon à Standard Bank, Pékin raccourcit la chaîne et ancre la liquidité du yuan sur le sol africain.
Le choix n’est pas fortuit. L’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), première banque commerciale du monde par capitalisation, contrôle environ 20 % du capital de Standard Bank depuis une opération à 5,5 milliards de dollars conclue il y a près de deux décennies. Ce lien capitalistique a progressivement transformé l’établissement sud-africain en relais naturel des politiques financières de Pékin sur le continent, tant pour le financement de projets d’infrastructures que pour la facilitation commerciale.
Dix-neuf marchés couverts, des Grands Lacs au Maghreb
Le périmètre géographique de l’agrément couvre l’essentiel des marchés où Standard Bank dispose d’une présence opérationnelle, de l’Afrique du Sud au Nigeria, en passant par le Kenya, l’Angola, la Zambie, le Mozambique, la Côte d’Ivoire, le Ghana ou encore la Namibie. Les entreprises implantées dans ces juridictions pourront régler leurs fournisseurs chinois directement en renminbi, sans passer par la conversion en dollars américains qui demeure le mode de règlement dominant des échanges sino-africains.
Concrètement, un importateur ivoirien de matériel électronique pourra créditer un compte en yuans ouvert auprès d’une filiale locale, à charge pour Standard Bank d’assurer le règlement final auprès de la contrepartie chinoise. L’opération supprime un sas de change, comprime les coûts de transaction et réduit l’exposition au risque dollar, particulièrement sensible pour les économies confrontées à la rareté de la devise américaine. Plusieurs banques centrales africaines plaident depuis des années pour cette désintermédiation, notamment le Nigeria et l’Angola, dont les réserves de change ont subi des tensions répétées.
Une accélération de la dédollarisation des échanges sino-africains
La Chine demeure le premier partenaire commercial de l’Afrique, avec un volume d’échanges qui a franchi le cap des 280 milliards de dollars en 2023 selon les douanes chinoises. Pourtant, la part du renminbi dans le règlement de ces flux reste estimée en dessous de 20 %, très en deçà des ambitions affichées par Pékin. La désignation de Standard Bank comme banque de compensation s’inscrit dans une stratégie plus large d’internationalisation de la monnaie, qui passe par le système CIPS (Cross-Border Interbank Payment System), conçu comme une alternative au réseau SWIFT.
Pour les États africains, l’intérêt est double. Le règlement direct en yuans atténue la pression sur les réserves en dollars et facilite l’accès aux financements concessionnels chinois, souvent libellés dans la devise du créancier. Reste que cette intégration accrue à la sphère monétaire chinoise soulève des interrogations sur la diversification des risques. Une exposition croissante au renminbi expose les économies du continent aux orientations de la politique monétaire de Pékin, dont la transparence demeure inférieure à celle de la Réserve fédérale américaine ou de la Banque centrale européenne.
Par ailleurs, l’opération renforce la position concurrentielle de Standard Bank face à ses rivaux panafricains, qu’il s’agisse d’Ecobank, d’Attijariwafa Bank ou des établissements kényans et nigérians. Le groupe sud-africain capitalise sur deux décennies de partenariat avec ICBC pour s’imposer comme le pivot du corridor financier sino-africain. Selon Financial Afrik, le dispositif entrera progressivement en vigueur sur l’ensemble des juridictions concernées.
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