Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema affirme avoir décliné une sollicitation de l’administration Trump visant à faire du Gabon une terre d’accueil pour des migrants expulsés du territoire américain. La révélation, faite lors d’un entretien diffusé sur France 24, place Libreville à contre-courant d’une stratégie diplomatique déployée par Washington auprès de plusieurs capitales africaines depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025.
Un refus assumé face à la diplomatie migratoire de Washington
Selon les propos rapportés par le chef de l’État gabonais, l’administration américaine aurait formellement proposé un accord par lequel le Gabon hébergerait sur son sol des ressortissants étrangers expulsés des États-Unis. Oligui Nguema dit avoir opposé un refus net à cette demande, sans toutefois rendre publics l’ensemble des contreparties évoquées par Washington. Cette posture rompt avec la discrétion habituelle des dirigeants africains sollicités sur ce dossier sensible.
Le sujet n’est pas anodin. Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a fait de l’expulsion massive de migrants en situation irrégulière un marqueur central de sa politique intérieure. Faute de pouvoir renvoyer certains ressortissants vers leur pays d’origine, l’administration américaine cherche des États tiers disposés à les accueillir, en échange d’avantages économiques, sécuritaires ou diplomatiques. Plusieurs pays africains ont déjà été approchés, et certains semblent avoir donné une suite favorable.
Le Gabon revendique une ligne diplomatique distincte
En rendant publique cette démarche, le président de la transition gabonaise entend marquer une différence claire avec d’autres capitales du continent. Le Rwanda, l’Eswatini ou encore le Soudan du Sud figurent parmi les États régulièrement cités dans la presse internationale comme partenaires potentiels ou effectifs de ce dispositif d’externalisation migratoire. Libreville, en revanche, refuse d’entrer dans ce schéma, au nom de considérations qui touchent autant à la souveraineté qu’à la cohésion sociale interne.
Cette position n’est pas sans portée stratégique. Le Gabon, qui prépare la consolidation institutionnelle née du coup d’État d’août 2023 et de l’élection présidentielle d’avril 2025, cherche à projeter à l’international l’image d’un État maître de son agenda. Refuser publiquement une proposition américaine, alors même que Libreville reste attentive à préserver ses relations économiques avec Washington, traduit un calcul diplomatique assumé. Le pays mise sur sa crédibilité auprès des opinions africaines et de ses partenaires européens, en particulier la France.
Reste que ce positionnement comporte ses propres risques. L’administration Trump n’est pas réputée pour sa patience face aux refus, et plusieurs pays ayant exprimé des réserves sur ses politiques migratoires ou commerciales ont fait l’objet de mesures de rétorsion, qu’il s’agisse de droits de douane majorés ou de restrictions de visas. Le Gabon, exportateur de pétrole brut et de manganèse, demeure exposé aux fluctuations des relations bilatérales avec les grandes puissances.
Une carte à jouer dans le repositionnement régional
Sur le plan régional, cette annonce intervient alors que Libreville cherche à reprendre du poids au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), dont Oligui Nguema a brièvement assuré la présidence en exercice. La posture affichée face à Washington peut servir d’argument auprès des voisins du Bassin du Congo, sensibles à la défense d’une diplomatie africaine moins alignée et plus exigeante sur la réciprocité.
Le dossier migratoire devient ainsi un révélateur des arbitrages auxquels sont confrontés les chefs d’État africains face à une administration américaine transactionnelle. Accepter, c’est espérer des contreparties financières ou diplomatiques, au prix de remous internes. Refuser, c’est préserver une image de souveraineté, en assumant le risque d’une moindre attention de Washington. Oligui Nguema a tranché, et choisi de le faire savoir, dans un moment où la scène diplomatique africaine se recompose à grande vitesse.
L’entretien laisse également entrevoir une volonté du président gabonais d’occuper davantage le terrain médiatique international, après une année consacrée à la consolidation de son pouvoir intérieur. Les prochaines semaines diront si cette prise de parole entraîne une réaction officielle de la Maison-Blanche ou un ajustement des relations bilatérales. Selon Gabon Review, le chef de l’État a tenu ces propos lors d’un entretien exclusif accordé à France 24.
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