RDC : les zones d’exclusion aérienne paralysent les vols du PAM en 2025

People receiving aid supplies in a rural African community with a truck in the background.Photo : Speak Media Uganda / Pexels

Le rapport annuel du Programme alimentaire mondial (PAM) consacré à la République démocratique du Congo livre un constat sans détour pour l’année 2025 : le service aérien humanitaire des Nations unies, UNHAS, n’a transporté qu’une fraction des passagers prévus. La fermeture d’un large couloir aérien dans l’est du pays a privé les opérateurs humanitaires d’un outil logistique central, dans un contexte où l’accès terrestre reste lui-même fortement entravé par les combats. Treize destinations, dont la capitale du Nord-Kivu, sont demeurées hors de portée pendant l’essentiel de l’exercice.

Une desserte humanitaire amputée de moitié en RDC

Selon les chiffres communiqués par l’agence onusienne, environ la moitié des vols humanitaires planifiés par UNHAS n’ont pu être effectués sur l’année. Le service, qui constitue souvent l’unique solution pour rallier des zones enclavées de l’est congolais, a vu son utilité opérationnelle drastiquement réduite. Le PAM rappelle que ses appareils ne servent pas seulement à déplacer des travailleurs humanitaires, mais aussi à acheminer du fret médical, des équipements de communication et, dans certaines situations, des évacuations sanitaires.

L’effet domino sur le dispositif d’aide est immédiat. Quand un avion ne décolle pas, ce sont des distributions alimentaires reportées, des missions d’évaluation annulées et des relèves de personnel impossibles. Plusieurs ONG partenaires du PAM, qui s’appuient quasi exclusivement sur UNHAS faute d’alternatives commerciales fiables, ont dû revoir à la baisse leurs propres programmes dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri. La zone est pourtant l’une des plus exposées aux besoins d’urgence sur le continent.

Goma au cœur du verrou aérien

L’inaccessibilité de Goma cristallise les difficultés. Tombée sous le contrôle du M23 au début de l’année 2025, la ville a vu son aéroport international placé hors d’usage opérationnel pour les vols humanitaires onusiens, en raison des restrictions imposées par les autorités congolaises sur l’espace aérien des zones contrôlées par la rébellion. Pour les agences onusiennes, contourner cette fermeture suppose des rotations plus longues, des escales supplémentaires et un recours accru à des aérodromes secondaires aux capacités limitées.

Au-delà de Goma, douze autres pistes habituellement desservies par UNHAS sont restées hors d’atteinte une partie de l’année. Le maillage aérien humanitaire, patiemment construit sur la dernière décennie pour compenser la faiblesse des infrastructures routières congolaises, s’est ainsi retrouvé fragmenté. Le PAM souligne que cette situation alourdit mécaniquement le coût par passager transporté et par tonne de fret livré, dans un contexte budgétaire déjà tendu pour les bailleurs internationaux.

Une équation logistique et politique

La question dépasse la seule technique aéronautique. Les zones d’exclusion aérienne relèvent de décisions souveraines liées à la conduite des opérations militaires contre les groupes armés actifs dans l’est du pays. Kinshasa entend préserver le contrôle de son ciel, notamment depuis l’intensification des combats avec l’Alliance Fleuve Congo dirigée par le M23. Mais cette logique sécuritaire se heurte frontalement aux impératifs d’accès humanitaire reconnus par le droit international.

Pour les acteurs de l’aide, la marge de manœuvre est étroite. Les négociations menées avec les autorités congolaises pour ouvrir des fenêtres temporaires de survol n’ont produit que des résultats partiels. Les opérateurs humanitaires explorent en parallèle des solutions de substitution : convois routiers protégés, recours au transport fluvial sur le lac Kivu et le fleuve Congo, ou redéploiement de bases logistiques vers des hubs jugés plus sûrs comme Bunia ou Kalemie. Aucune n’égale toutefois la souplesse offerte par le pont aérien.

Le rapport intervient alors que la RDC compte parmi les crises humanitaires les plus sous-financées au monde. Les besoins concernent plusieurs millions de personnes déplacées, dans un environnement opérationnel où chaque rotation manquée se traduit par une dégradation tangible de la réponse. Le PAM appelle implicitement à un assouplissement des restrictions aériennes pour rétablir la continuité de son service en 2026. Selon RFI Afrique, le bilan publié par l’agence onusienne souligne la nécessité d’un dialogue renouvelé entre Kinshasa et les Nations unies sur l’usage humanitaire de l’espace aérien congolais.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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