La révision de la Constitution congolaise est devenue, en quelques mois, le point de fracture central de la vie politique en République démocratique du Congo (RDC). Vendredi 12 juin, les forces de l’ordre ont dispersé un rassemblement organisé par la coalition C64 devant le siège du Parlement, à Kinshasa. Les opposants entendaient protester contre le projet porté par la majorité présidentielle, qu’ils interprètent comme une manœuvre destinée à prolonger la présence au pouvoir du chef de l’État Félix Tshisekedi, élu pour un second mandat qui s’achève en 2028.
Les autorités avaient pourtant signifié leur refus en amont. Invoquant le caractère « inviolable » des abords du Palais du peuple, elles ont notifié à la coalition un changement de lieu, jugeant le périmètre parlementaire incompatible avec un rassemblement politique. L’opposition a refusé l’arbitrage et maintenu son mot d’ordre, déclenchant l’intervention de la police. Plusieurs militants ont été repoussés manu militari, sans bilan officiel communiqué dans la matinée.
Une coalition d’opposition qui durcit le ton
La C64 fédère plusieurs formations hostiles au pouvoir en place, soudées par la crainte d’un troisième mandat déguisé. Ses responsables récusent l’argument technique avancé par le camp présidentiel, qui présente la réforme comme une simple mise à jour d’un texte hérité de 2006. Pour les opposants, la révision constitutionnelle ouvrirait la voie à une remise à zéro du compteur des mandats, scénario déjà observé ailleurs sur le continent.
Le choix du Palais du peuple comme lieu de mobilisation n’est pas anodin. En portant la contestation jusqu’aux portes de l’Assemblée nationale et du Sénat, la C64 entend rappeler que la légitimité du projet se jouera d’abord dans l’hémicycle, où la majorité présidentielle, l’Union sacrée, dispose d’une confortable avance. La dispersion de ce vendredi confirme la volonté de l’exécutif de circonscrire la contestation à des espaces périphériques, loin des institutions.
Un projet présidentiel défendu comme une modernisation
Félix Tshisekedi avait évoqué, dès l’automne 2024, la nécessité de doter le pays d’une Constitution « rédigée par des Congolais, pour des Congolais », jugeant le texte actuel inadapté aux réalités du moment. Une commission consultative a été annoncée pour préparer les contours de la réforme. Le calendrier précis n’a pas été rendu public, mais l’entourage présidentiel évoque un référendum comme aboutissement probable du processus.
Cette stratégie suscite la défiance non seulement de l’opposition politique, mais aussi d’une partie de la société civile, des Églises catholique et protestante, et de figures historiques de la transition démocratique congolaise. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) ont, à plusieurs reprises, mis en garde contre toute initiative susceptible de fragiliser le verrou constitutionnel limitant le nombre de mandats présidentiels.
Un test pour la stabilité institutionnelle
La séquence de ce vendredi s’inscrit dans une série d’incidents qui rythment la vie politique congolaise depuis le début de l’année. Marches interdites, arrestations ponctuelles de militants, restrictions sur certaines manifestations : les marges de manœuvre de l’opposition se réduisent, alors que le climat sécuritaire reste tendu à l’est du pays, où l’armée congolaise et ses alliés affrontent les rebelles du M23.
Pour les chancelleries occidentales et les bailleurs multilatéraux, le dossier constitutionnel devient un marqueur de la qualité démocratique du régime en place. La Banque mondiale, le Fonds monétaire international et plusieurs partenaires bilatéraux suivent de près la trajectoire institutionnelle de Kinshasa, à l’heure où la RDC négocie de nouveaux financements pour ses infrastructures et son secteur minier, pilier d’une économie portée par le cuivre et le cobalt.
Reste à mesurer la capacité de la C64 à transformer ces actions ponctuelles en mouvement de masse. La dispersion du sit-in de vendredi, loin d’éteindre la contestation, pourrait au contraire offrir à l’opposition un récit mobilisateur autour de la défense de la Constitution de 2006. Selon RFI Afrique.
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