Le gouvernement camerounais a engagé des poursuites judiciaires contre plus d’une centaine de sociétés minières opérant sur son territoire, dans une offensive sans précédent contre les manquements réglementaires qui gangrènent un secteur stratégique. Cette décision, rendue publique en juin 2026, marque un tournant dans la politique de Yaoundé vis-à-vis d’une industrie longtemps caractérisée par l’opacité, l’exploitation artisanale anarchique et l’évasion fiscale. Les autorités entendent reprendre la main sur une filière jugée déterminante pour la diversification économique du pays.
Une offensive judiciaire d’ampleur contre le secteur minier camerounais
L’action engagée par l’exécutif vise des entreprises soupçonnées d’avoir contrevenu au cadre légal régissant l’exploitation des ressources du sous-sol. Manquements aux obligations déclaratives, non-respect des cahiers des charges, défaut de paiement des redevances et exploitation hors des périmètres autorisés figurent parmi les griefs invoqués. La saisine de la justice intervient après plusieurs campagnes de contrôle menées sur le terrain par les services techniques du ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique.
Le Cameroun dispose d’un sous-sol riche en or, fer, bauxite, cobalt, nickel, diamant et rutile, mais peine à transformer ce potentiel en levier macroéconomique tangible. La contribution du secteur extractif au produit intérieur brut demeure marginale, autour de 1 %, en décalage avec les volumes effectivement extraits et exportés. Une part substantielle de la production échappe aux circuits officiels, notamment dans les zones aurifères de l’Est et de l’Adamaoua, où prospèrent des opérateurs semi-industriels souvent adossés à des capitaux étrangers.
Sociétés chinoises, gouvernance et souveraineté minière
Plusieurs des entreprises visées par les poursuites sont des sociétés à capitaux asiatiques, principalement chinois, qui se sont implantées dans le pays sous le régime de l’exploitation semi-mécanisée. Leur présence, vivement contestée par les organisations de la société civile et par les autorités traditionnelles des bassins miniers, a été régulièrement associée à des dégâts environnementaux lourds, à des accidents mortels sur les sites et à des conflits avec les communautés riveraines. Plusieurs rapports parlementaires avaient déjà alerté sur l’ampleur des dérives.
L’offensive judiciaire s’inscrit dans une dynamique régionale de reprise en main des ressources extractives. De Bamako à Niamey, en passant par Ouagadougou, plusieurs États d’Afrique francophone ont engagé des révisions de codes miniers, suspendu des permis ou rouvert d’anciens contrats jugés déséquilibrés. Le Cameroun, plus discret jusqu’ici sur ce front, semble vouloir s’aligner sur cette tendance en privilégiant la voie contentieuse plutôt qu’une renégociation politique frontale.
Enjeux fiscaux et industriels pour Yaoundé
Au-delà de la dimension répressive, l’initiative gouvernementale porte un enjeu budgétaire majeur. Les redressements potentiels au titre des redevances minières, taxes ad valorem et droits divers pourraient représenter des montants substantiels pour un État dont les marges de manœuvre restent contraintes par le service de la dette et les exigences du programme conclu avec le Fonds monétaire international. Le ministère des Finances suit avec attention le volet recouvrement de cette procédure judiciaire.
L’exécutif cherche par ailleurs à crédibiliser sa stratégie de transformation locale, portée notamment par les projets phares de fer de Mbalam-Nabeba et de bauxite de Minim-Martap. Ces gisements de classe mondiale, en attente d’une mise en exploitation effective, requièrent un environnement réglementaire stabilisé pour attirer les financements internationaux. La démonstration d’une autorité publique capable de faire respecter ses propres règles constitue, dans cette perspective, un signal adressé aux investisseurs sérieux.
Reste à mesurer la portée concrète de ces procédures dans un appareil judiciaire dont la lenteur est régulièrement pointée. Les opérateurs concernés disposent de voies de recours étendues et plusieurs dossiers comparables ouverts par le passé n’avaient jamais abouti. La crédibilité de l’opération dépendra de la capacité des magistrats à instruire rapidement et de la volonté politique à maintenir la pression sur la durée. Selon Financial Afrik, le nombre exact d’entités poursuivies dépasse la centaine.
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