Mont Hermon : Israël courtise les Druzes de Damas et Soueïda

Scenic view of wind turbines and Mount Hermon in the Golan Heights with clear skies.Photo : Samir Smier / Pexels

Une dynamique foncière discrète mais soutenue s’installe autour du Mont Hermon, cette chaîne stratégique connue en arabe sous le nom de Jbel Cheikh, à la charnière entre le Liban, la Syrie et le plateau du Golan occupé. Selon des informations relayées par la presse libanaise, les autorités israéliennes chercheraient à tisser des liens économiques et communautaires avec les Druzes de Damas et de la province de Soueïda, en s’appuyant sur des transactions immobilières et des incitations foncières inédites depuis la chute du régime Assad en décembre 2024.

Le contexte est celui d’une Syrie recomposée, où les équilibres confessionnels et territoriaux se redessinent sous la pression des acteurs régionaux. La minorité druze, présente principalement dans le Djebel el-Arab autour de Soueïda et dans certains quartiers de la capitale, se retrouve au centre d’une compétition d’influence entre Damas, Ankara et Tel-Aviv. L’axe immobilier apparaît comme un vecteur d’ancrage plus subtil que l’action militaire, mais tout aussi structurant sur le long terme.

Le Mont Hermon, verrou stratégique et laboratoire d’influence

Depuis la fin de l’année 2024, l’armée israélienne a étendu son emprise sur des positions situées au-delà de la ligne de désengagement de 1974, occupant notamment le sommet syrien du Mont Hermon. Ce redéploiement, présenté par Tel-Aviv comme une mesure défensive temporaire, s’accompagne désormais d’une stratégie civile visant à consolider les positions acquises. L’activité immobilière signalée dans les localités druzes proches du massif s’inscrit dans cette logique de continuité entre contrôle militaire et pénétration économique.

Les zones concernées comprennent des villages historiquement peuplés par la communauté druze, dont certains habitants entretiennent des liens familiaux avec les Druzes du Golan occupé et de Galilée. Cette continuité communautaire, longtemps neutralisée par la frontière, est aujourd’hui réactivée par les autorités israéliennes comme un levier d’ouverture. Des offres d’achat, des propositions de partenariat foncier et des facilités de circulation transfrontalière auraient été formulées à destination de notables locaux.

Soueïda et Damas, cibles d’une diplomatie communautaire

La province de Soueïda, épicentre de la présence druze en Syrie, occupe une place particulière dans ce dispositif. Depuis le soulèvement local de 2023 contre l’ancien pouvoir de Bachar el-Assad, la région cultive une autonomie de fait que les nouvelles autorités de Damas peinent à contenir. Israël y voit un terrain propice à la construction d’un partenariat de proximité, s’appuyant sur le discours de protection des minorités que Benyamin Netanyahou a formalisé à plusieurs reprises depuis le changement de régime.

À Damas, la démarche prend une forme plus feutrée. Des intermédiaires, souvent issus du monde des affaires, seraient sollicités pour identifier des propriétaires druzes intéressés par la cession de biens situés dans les zones tampons ou frontalières. La presse libanaise évoque des prix supérieurs à ceux du marché syrien, une prime destinée à compenser le risque politique et à accélérer les transactions. Ce mécanisme rappelle, dans ses ressorts, les stratégies foncières déployées ailleurs au Levant depuis plusieurs décennies.

Une équation régionale sous tension

Pour les nouvelles autorités syriennes issues du mouvement Hayat Tahrir al-Cham, cette pénétration constitue un défi politique majeur. Damas ne dispose ni des moyens militaires pour contester la présence israélienne sur le Hermon, ni des ressources économiques pour rivaliser avec les incitations financières proposées aux communautés druzes. Le gouvernement d’Ahmad al-Charaa a multiplié les déclarations rassurantes en direction des minorités, sans parvenir à dissiper la méfiance héritée de treize années de guerre civile.

Le sujet dépasse la seule Syrie. Le Liban voisin, où la communauté druze menée par Walid Joumblatt observe attentivement les évolutions à Soueïda, redoute une reconfiguration des solidarités régionales. La Jordanie, qui abrite également une population druze, suit le dossier avec circonspection. Reste que la profondeur historique du lien communautaire druze, transfrontalier par essence, échappe largement aux logiques étatiques classiques et complique toute réponse coordonnée.

Concrètement, la stratégie israélienne combine occupation territoriale, incitations foncières et discours protecteur pour installer une influence durable sur un espace considéré comme vital pour la sécurité du nord d’Israël. La monétisation du foncier druze, si elle se confirme dans l’ampleur suggérée, pourrait redéfinir la géographie communautaire du sud syrien pour les années à venir. Selon Al Akhbar, cette activité immobilière autour du Mont Hermon traduit une offensive coordonnée visant explicitement les Druzes de Damas et de Soueïda.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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