La montée des tensions entre Téhéran et Washington menace directement le scénario d’un excédent pétrolier attendu par les principales agences pour l’année à venir. Alors que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et plusieurs maisons d’analyse anticipaient un surplus d’offre en 2025, tiré par la hausse de la production nord-américaine et par la prudence de la demande chinoise, le retour d’une politique de pression maximale contre l’Iran change la donne. Le baril reste ainsi suspendu à une équation géopolitique dont les paramètres évoluent au rythme des annonces diplomatiques.
Un excédent pétrolier fragilisé par le facteur iranien
Les projections publiées ces derniers mois convergeaient vers une offre mondiale supérieure à la demande en 2025, avec un excédent susceptible d’atteindre plusieurs centaines de milliers de barils par jour. Ce scénario reposait notamment sur la poursuite de la croissance de la production hors OPEP, en particulier aux États-Unis, au Brésil, en Guyana et au Canada. Il intégrait également le maintien des volumes iraniens à un niveau élevé, l’administration américaine sortante ayant appliqué les sanctions avec une relative souplesse.
Or, ce paramètre est désormais remis en question. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche s’accompagne d’un discours de fermeté à l’égard de la République islamique, avec la promesse de ramener les exportations pétrolières iraniennes vers zéro. Selon les estimations disponibles, Téhéran expédie actuellement entre 1,5 et 1,7 million de barils par jour, en très large majorité vers la Chine. Un durcissement significatif du régime de sanctions pourrait retirer plusieurs centaines de milliers de barils du marché mondial, absorbant mécaniquement l’excédent anticipé.
Le calcul stratégique de l’OPEP+ sous contrainte
Pour l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés, la nouvelle donne complique un arbitrage déjà délicat. L’alliance, emmenée par l’Arabie saoudite et la Russie, a repoussé à plusieurs reprises le retour progressif sur le marché des barils volontairement retirés depuis 2023. Un choc négatif sur l’offre iranienne offrirait à Riyad et à ses partenaires une fenêtre pour rouvrir les vannes sans provoquer d’effondrement des prix, tout en récupérant des parts de marché.
Reste que la manœuvre comporte des risques. Une remontée trop marquée des cours pénaliserait les économies importatrices, au premier rang desquelles la Chine et l’Inde, et pourrait raviver les tensions inflationnistes dans les pays de l’OCDE. À l’inverse, une réaction trop tardive laisserait le champ libre aux producteurs américains, dont la flexibilité opérationnelle s’est encore accrue. Les ministres de l’OPEP+ doivent donc composer avec une équation où la variable géopolitique iranienne devient déterminante.
Les répercussions pour les producteurs africains et arabes
Pour les économies exportatrices d’Afrique et du Moyen-Orient, la reconfiguration en cours n’est pas neutre. Les États du Golfe, structurellement dépendants des recettes d’hydrocarbures, tireraient un bénéfice budgétaire immédiat d’un baril soutenu au-dessus de 80 dollars. Des pays comme l’Arabie saoudite, dont le point mort budgétaire est estimé au-delà de 90 dollars par le Fonds monétaire international, verraient un allègement de la pression sur leurs finances publiques et sur le financement de leurs mégaprojets, dont Neom.
En Afrique, les producteurs comme le Nigeria, l’Angola, le Congo ou le Gabon retrouveraient des marges de manœuvre pour stabiliser leurs comptes extérieurs. Le cas algérien mérite une attention particulière : Alger, dont la production gazière et pétrolière constitue l’ossature des recettes, bénéficierait d’une prime durable. À l’inverse, les économies importatrices nettes du continent, du Sénégal au Kenya, verraient leurs subventions aux carburants et leurs équilibres extérieurs à nouveau mis sous tension.
Un marché sous surveillance renforcée
La trajectoire du brut en 2025 dépendra ainsi de la capacité effective de Washington à faire respecter ses sanctions, notamment vis-à-vis de la flotte de navires opaques qui écoule le pétrole iranien vers les raffineurs chinois indépendants. Les précédents mandats ont montré les limites d’une application stricte, faute de coopération de Pékin. Une escalade militaire dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, ajouterait une prime de risque supplémentaire aux cours.
Concrètement, l’excédent annoncé pour 2025 pourrait donc se muer en un marché tendu, voire déficitaire, selon l’intensité du bras de fer entre Téhéran et Washington. Les investisseurs, les banques centrales et les gouvernements de la région suivront de près les premières décisions concrètes de la nouvelle administration américaine. Selon Al Akhbar, le risque géopolitique iranien constitue désormais la principale menace pesant sur le scénario baissier construit par les analystes du marché pétrolier.
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