Le président américain Donald Trump aurait plaidé pour un désengagement militaire israélien de Syrie et du Liban, une orientation immédiatement rejetée par le Premier ministre Benyamin Netanyahou. Cette dissonance, révélée alors que se profile une recomposition diplomatique majeure au Levant, illustre l’écart croissant entre la Maison-Blanche et le cabinet israélien sur la gestion de l’après-guerre à Gaza et de ses prolongements régionaux. Le débat se double d’une offensive diplomatique portée par la Turquie et le Qatar, désignée sous le nom d’initiative d’Ankara, qui vise à intégrer politiquement les forces dites de la résistance dans un cadre négocié.
Le désaccord Trump-Netanyahou sur la présence militaire au Levant
Selon les éléments rapportés, Donald Trump considère que la prolongation de la présence militaire israélienne dans le sud syrien et le sud libanais nuit à la stabilisation régionale qu’il souhaite afficher comme un succès diplomatique. Le locataire de la Maison-Blanche pousse pour un repli qui permettrait d’ouvrir une séquence de normalisations élargies, notamment avec Damas et Riyad. Benyamin Netanyahou, à l’inverse, défend une posture de contrôle territorial durable, jugée indispensable à la sécurité du nord d’Israël face au Hezbollah et aux formations pro-iraniennes actives en Syrie.
Cette divergence n’est pas seulement tactique. Elle touche à la doctrine même de projection de puissance israélienne, façonnée depuis l’automne 2023 autour de l’idée d’une profondeur stratégique élargie. Le cabinet israélien redoute qu’un retrait précipité ne rouvre des corridors logistiques entre Téhéran, Damas et Beyrouth. Washington, de son côté, estime que l’occupation de fait de zones tampons devient un handicap politique pour ses alliés arabes, à commencer par la Jordanie et l’Arabie saoudite.
L’initiative d’Ankara : une architecture turco-qatarie
Parallèlement, un dispositif diplomatique piloté conjointement par la Turquie et le Qatar prend forme. Baptisée initiative d’Ankara, cette démarche propose un cadre régional destiné à contenir, sans les affronter frontalement, les composantes armées de l’axe dit de la résistance : Hezbollah libanais, factions palestiniennes, groupes pro-iraniens en Syrie et en Irak. L’objectif affiché consiste à convertir ces forces en acteurs politiques encadrés, en échange de garanties territoriales et de la levée progressive de la pression militaire israélienne.
La démarche s’inscrit dans la continuité du rôle croissant joué par Doha comme médiateur sur le dossier de Gaza, et par Ankara comme parrain du nouveau pouvoir syrien issu de la chute de Bachar el-Assad. Les deux capitales entendent capitaliser sur leur influence auprès des Frères musulmans, du Hamas et de fractions de l’opposition syrienne pour proposer à Washington une architecture alternative à la confrontation ouverte. Reste que ce schéma se heurte à la méfiance israélienne et à l’hostilité affichée d’une partie des chancelleries du Golfe, notamment les Émirats arabes unis.
Un Liban et une Syrie transformés en laboratoires diplomatiques
Sur le terrain, les positions israéliennes maintenues au sud du Litani et dans plusieurs poches du plateau du Golan syrien constituent le point de friction concret. Beyrouth réclame l’application intégrale de la résolution 1701 et le retrait des cinq collines encore tenues par Tsahal. Damas, désormais dirigé par les autorités issues de Hayat Tahrir al-Cham, exige la restitution des zones investies depuis décembre 2024. Les deux capitales trouvent dans l’initiative turco-qatarie un levier de pression indirect sur Washington.
Pour les décideurs régionaux, l’enjeu dépasse la question tactique du repli. Il s’agit de savoir qui écrira l’agenda sécuritaire du Levant pour la décennie à venir : un tandem américano-israélien attaché à un statu quo militaire, ou une coalition turco-qatarie proposant une intégration politique négociée des forces armées non étatiques. La partie se joue également sur le terrain économique, avec des dossiers de reconstruction estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars et des perspectives d’accès aux hydrocarbures de la Méditerranée orientale.
Concrètement, les prochaines semaines devraient révéler si la Maison-Blanche accepte de faire pression sur son allié israélien pour amorcer un retrait, ou si Benyamin Netanyahou parvient à imposer son tempo. L’initiative d’Ankara, elle, dépendra de la capacité de la Turquie et du Qatar à obtenir un feu vert américain sans provoquer une rupture ouverte avec Tel-Aviv. Selon Al Akhbar, les consultations se poursuivent dans la discrétion entre les différentes capitales concernées.
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