Pastef fragilisé : le coordonnateur du mouvement des handicapés démissionne

Peaceful coastline scene with moored boats and distant colorful buildings under a clear sky.Photo : Lom Doudou / Pexels

La formation Pastef, au pouvoir au Sénégal depuis la victoire présidentielle de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024, doit composer avec une série de démissions qui affectent son organisation interne. Le dernier départ en date est celui du coordonnateur national du mouvement des handicapés du parti, qui a officiellement quitté ses fonctions. Cette annonce s’ajoute à une liste croissante de responsables intermédiaires ayant choisi de rompre avec l’appareil partisan ces dernières semaines.

Une cascade de départs qui interroge la cohésion interne de Pastef

Le phénomène n’a plus rien d’anecdotique. Plusieurs coordonnateurs et cadres du parti d’Ousmane Sonko ont, ces derniers mois, remis leur démission, invoquant des divergences de fonctionnement, un déficit de reconnaissance des militants de la première heure ou des désaccords sur la ligne suivie depuis l’accession au pouvoir. Le retrait du responsable du mouvement des personnes en situation de handicap prolonge cette dynamique et illustre le malaise qui traverse certaines cellules thématiques du parti.

Concrètement, ces mouvements sectoriels jouent un rôle déterminant dans l’organisation de la vie militante. Ils encadrent des communautés spécifiques, structurent la représentation catégorielle au sein du parti et servent de courroie de transmission entre la base et la direction. Leur affaiblissement, par démissions successives, prive Pastef de relais essentiels dans un moment où le pouvoir tente de consolider son ancrage territorial.

Un signal politique dans un contexte post-électoral tendu

Pastef, longtemps parti de la contestation avant de devenir parti de gouvernement, traverse la phase délicate de la transformation. La conquête de la présidence de la République en 2024 puis la large victoire aux législatives ont propulsé aux responsabilités une génération de cadres qui avait construit son identité dans l’opposition frontale au régime précédent. Reste que le passage à l’exercice du pouvoir impose des arbitrages qui heurtent parfois les attentes de la base historique.

Les démissions en cascade traduisent aussi, en filigrane, les frustrations liées à la répartition des postes et à la lecture faite par certains militants du fonctionnement interne. Plusieurs sortants ont, publiquement ou par voie de communiqué, évoqué un manque d’écoute des instances dirigeantes et une gouvernance qu’ils jugent verticale. D’autres se sont contentés d’un retrait discret, sans polémique ouverte, à l’image du coordonnateur du mouvement des handicapés.

Pour la direction du parti, l’enjeu est double. Il s’agit d’une part de contenir l’hémorragie afin d’éviter que ces départs isolés ne se muent en fronde organisée. Il s’agit d’autre part de préserver l’image d’unité qui a fait la force du mouvement patriotique lors de la séquence électorale. Chaque défection alimente en effet le récit d’une formation en proie à des tensions, récit volontiers repris par une opposition sénégalaise qui cherche à se reconstruire après sa défaite historique.

Un test pour la gouvernance partisane de Sonko

Président du parti et Premier ministre, Ousmane Sonko occupe une position centrale dans ce dispositif. Sa capacité à gérer les crispations internes tout en assumant la conduite de l’action gouvernementale sera déterminante dans les mois à venir. Le chantier de la restructuration interne, annoncé à plusieurs reprises, tarde encore à produire ses effets visibles, alors que la pression sur les résultats économiques et sociaux s’accentue.

Le mouvement des personnes en situation de handicap, dont la coordination nationale se retrouve désormais vacante, constitue un exemple parlant. Il incarne à la fois une préoccupation catégorielle légitime et un enjeu de politique publique, dans un pays où l’inclusion demeure un chantier prioritaire. Sa fragilisation prive le parti d’une expertise et d’un lien communautaire précieux, à l’heure où l’exécutif prépare de nouvelles réformes sociales.

Au-delà du cas individuel, ces départs répétés posent la question du modèle d’organisation partisane que Pastef entend consolider. Structure verticale disciplinée ou coalition plus horizontale de sensibilités, l’arbitrage n’est pas tranché. Il conditionnera pourtant la stabilité politique du Sénégal à moyen terme, alors que la formation doit encore préparer les prochaines échéances locales. Selon Dakaractu.

Pour aller plus loin

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About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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