Sénégal : Pastef affirme sa disponibilité pour un couplage des scrutins

Peaceful coastline scene with moored boats and distant colorful buildings under a clear sky.Photo : Lom Doudou / Pexels

La perspective d’un couplage des élections législatives et locales au Sénégal revient au centre du débat politique. Daouda Ngom, figure du Pastef, a publiquement affirmé que le parti fondé par Ousmane Sonko se tient prêt à affronter les deux consultations sur un même calendrier. Cette prise de position intervient dans un contexte de recomposition politique marquée par la large victoire du camp présidentiel aux législatives anticipées de novembre 2024, qui ont donné à Pastef une majorité confortable à l’Assemblée nationale.

Un couplage électoral à forte charge institutionnelle

L’idée de coupler les scrutins locaux et législatifs n’est pas neuve au Sénégal, mais elle reprend de la vigueur alors que les mandats des conseils municipaux et départementaux issus des élections territoriales de janvier 2022 approcheront de leur terme. Un tel dispositif suppose une adaptation du code électoral et, potentiellement, un ajustement des mandats en cours. Les partisans du couplage mettent en avant la rationalisation budgétaire et logistique, dans un pays où l’organisation d’un scrutin national mobilise des ressources considérables de l’État et de la Direction générale des élections (DGE).

Reste que l’opération soulève des questions constitutionnelles sensibles. Prolonger ou raccourcir les mandats d’élus locaux exige un véhicule législatif clair et une acceptation politique large, sous peine de contentieux devant le Conseil constitutionnel. Concrètement, un couplage ne se décrète pas : il se négocie, en amont, avec les forces politiques représentées à l’Assemblée et avec les acteurs de la société civile qui participent aux concertations sur le processus électoral.

Pastef en position dominante après novembre 2024

La déclaration de Daouda Ngom traduit surtout un rapport de force. Depuis les législatives anticipées convoquées par le président Bassirou Diomaye Faye après la dissolution de l’Assemblée nationale à l’automne 2024, Pastef dispose des moyens parlementaires pour porter une réforme électorale. Le parti, longtemps dans l’opposition avant l’alternance de mars 2024, s’est imposé comme la principale force politique du pays, reléguant les héritiers de Benno Bokk Yakaar et la Coalition Takku Wallu à un rôle de contestation.

Dans ce paysage, afficher la disponibilité du parti à un couplage revient à envoyer un double signal. En interne, il s’agit de mobiliser les militants et les fédérations locales, dont plusieurs se préparent déjà à conquérir les mairies et les conseils départementaux. À l’externe, le message adressé aux formations concurrentes est celui d’une machine électorale rodée, capable d’absorber la charge organisationnelle de deux scrutins conduits de front.

Un pari stratégique pour l’opposition

Pour les partis d’opposition, la perspective d’un couplage n’est pas neutre. Elle réduit la fenêtre de reconstruction dont ils auraient besoin après la défaite de 2024. Un scrutin unique combinant enjeux nationaux et locaux tend historiquement à amplifier les dynamiques présidentielles, au détriment des ancrages territoriaux préexistants. Les responsables de l’ancienne majorité présidentielle, comme les figures d’un Parti démocratique sénégalais (PDS) en quête de repositionnement, devront arbitrer entre contestation frontale du calendrier et participation à la définition de ses modalités.

Les implications budgétaires et administratives

Au-delà du calcul partisan, le couplage soulève un enjeu de gouvernance publique. Le Sénégal a organisé, en moins de trois ans, une présidentielle en mars 2024 et des législatives anticipées en novembre de la même année. Chaque scrutin représente plusieurs dizaines de milliards de francs CFA de dépenses, entre impression des bulletins, indemnités des agents électoraux, sécurisation des bureaux de vote et fonctionnement des commissions de contrôle. Mutualiser deux scrutins permettrait un gain financier tangible, argument qui pèse dans un contexte budgétaire tendu, alors que le nouveau gouvernement affiche une ligne d’assainissement des finances publiques.

La faisabilité technique dépendra toutefois de la capacité de la DGE et de la Commission électorale nationale autonome (CENA) à réviser les listes, sécuriser les cartes d’électeur et former les personnels dans un délai contraint. La décision finale reviendra au chef de l’État et à sa majorité, qui devront trancher entre l’efficacité invoquée du couplage et le respect scrupuleux des mandats en cours. Selon Seneweb, Daouda Ngom a réitéré que le parti au pouvoir n’attend qu’un feu vert institutionnel pour engager la bataille.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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