Congestion portuaire aiguë à Tema et Abidjan, Pointe-Noire absorbe le report

A view of large cranes and cargo containers at the busy Abidjan Terminal port.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

La congestion portuaire en Afrique de l’Ouest atteint un seuil préoccupant à mi-parcours de l’été. Selon le point de situation opérationnel diffusé pour la semaine 29, les terminaux de Tema, au Ghana, et d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, concentrent l’essentiel des tensions logistiques, avec des délais d’attente à quai pouvant grimper jusqu’à seize jours. Le port congolais de Pointe-Noire, moins affecté, joue désormais le rôle de soupape pour absorber les reports de trafic. Cette configuration inédite illustre la fragilité structurelle des hubs conteneurisés du golfe de Guinée.

Tema et Abidjan, épicentres de la saturation portuaire

À Tema, principal débouché maritime du Ghana, le temps d’attente des navires oscille entre deux et treize jours. L’occupation globale du parc s’établit à 77 %, mais grimpe à 88 % côté import et à 87 % pour les conteneurs de transbordement. Les gestionnaires du terminal font état d’une amélioration progressive grâce à une meilleure disponibilité des portiques et à une productivité accrue, sans que cela suffise à résorber rapidement l’arriéré.

La situation apparaît plus dégradée à Abidjan. Le terminal CIT affiche un taux d’occupation de 92 %, contre 82 % à l’ATL, avec des attentes navires comprises entre trois et seize jours au CIT et environ quatorze jours à l’ATL. Le stock de transbordement culmine à 5 270 conteneurs, dont 3 538 immobilisés depuis plus de sept jours. Les contraintes de productivité pèsent lourdement sur les délais de rotation et provoquent des roulements de cargaisons, un allongement des séjours à quai et une érosion de la fiabilité des escales.

Pointe-Noire, valve de décompression régionale

Le tableau contraste avec la situation observée au Congo. À Pointe-Noire, l’attente des navires demeure comprise entre zéro et deux jours, malgré une occupation du parc qui atteint 85 % du fait des volumes de contingence détournés depuis Abidjan. Le terminal continue d’accueillir des flux de récupération sans dégradation majeure de la fluidité. Les cargaisons destinées à Monrovia sont en cours d’évacuation sur le service W8X après un accostage le 22 juillet, tandis que les volumes originaires d’Abidjan sont programmés sur l’inducement W3A dès la semaine 30.

Le port congolais conserve par ailleurs des capacités disponibles pour les flux à destination de Matadi et Luanda. Aucun signal de congestion significative n’est signalé à ce stade, ce qui confère au site un rôle stratégique dans la stabilisation du réseau maritime régional pendant la période critique.

Un risque systémique pour la chaîne logistique ouest-africaine

Les axes secondaires subissent également des perturbations en cascade. À Tema, le désengorgement des flux venus de Dakar a démarré en semaine 30, la majorité des boîtes séjournant désormais moins de sept jours. La récupération d’Apapa, au Nigeria, est attendue en semaine 32, celle de Tin Can en semaine 33. Douala reste tributaire de capacités additionnelles pour absorber son propre arriéré. Côté Abidjan, les cargaisons d’Onne dépassent la capacité planifiée du pipeline, obligeant les opérateurs à déployer des rotations de contingence dès la semaine 31. Monrovia demeure la principale zone d’inquiétude en raison d’une accumulation de conteneurs reportés.

Cinq risques opérationnels majeurs sont identifiés. La congestion de Tema est qualifiée de critique, celle d’Abidjan élevée. La fiabilité des services sur les deux hubs, la performance des feeders et le niveau élevé des stocks de conteneurs vides à terre exposent l’ensemble du réseau à des perturbations en chaîne. Concrètement, les chargeurs doivent anticiper des retards, des ruptures de correspondance et une prévisibilité amoindrie des rotations.

Mesures d’atténuation et rééquilibrage des flux

Plusieurs leviers sont activés pour amortir le choc. Le rétablissement du line-up FW3 à Tema doit s’achever en semaine 32. Sur Abidjan, un déroutement sélectif du fret W3 et W4 permet d’alléger la pression sur les terminaux les plus saturés. Le déploiement d’équipements de manutention supplémentaires et l’ajout de capacités de contingence complètent le dispositif. Reste que la remise en cadence du réseau dépendra de la capacité des autorités portuaires et des opérateurs à sécuriser durablement productivité, disponibilité des postes à quai et fluidité du transbordement. Selon Africtelegraph.

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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