Nucléaire civil : Washington lie l’accord saoudien à Israël

Skyline of Riyadh, Saudi Arabia featuring modern skyscrapers and construction cranes at sunset.Photo : Tayssir Kadamany / Pexels

Le dossier du nucléaire civil saoudien est de nouveau adossé à la question israélienne. Le président américain Donald Trump a indiqué jeudi 23 juillet que Washington ne conclurait pas d’accord de coopération atomique avec l’Arabie saoudite tant que le royaume n’aurait pas engagé un processus de reconnaissance de l’État d’Israël. Cette conditionnalité, déjà présente sous l’administration Biden, se voit ainsi confirmée par la nouvelle équipe républicaine, qui en fait un levier central de sa diplomatie régionale.

Un chantage stratégique assumé sur le nucléaire civil

La demande saoudienne d’accéder à un programme nucléaire à finalité civile est ancienne. Riyad souhaite diversifier son mix énergétique, préserver ses hydrocarbures pour l’exportation et se doter d’une filière technologique de long terme. La négociation porte notamment sur l’enrichissement d’uranium sur le sol saoudien, un point extrêmement sensible pour les non-proliférationnistes américains et pour Israël, qui redoute l’émergence d’une capacité duale dans son voisinage immédiat.

En liant explicitement la coopération atomique à une reconnaissance d’Israël, la Maison-Blanche transforme un dossier technique en instrument politique. Le message est double. Il rassure d’abord l’allié israélien, qui pèse depuis des mois pour verrouiller toute concession américaine à Riyad. Il maintient ensuite la pression sur le prince héritier Mohammed ben Salmane, dont la marge de manœuvre est étroite tant que l’offensive israélienne à Gaza se poursuit et qu’aucune perspective d’État palestinien n’est ouverte.

Riyad coincé entre opinion arabe et intérêt stratégique

Le calcul saoudien s’est complexifié depuis octobre 2023. Avant l’attaque du Hamas et la riposte israélienne à Gaza, la normalisation semblait à portée de main, dans le prolongement des Accords d’Abraham signés en 2020 par les Émirats arabes unis, Bahreïn puis le Maroc et le Soudan. Le bilan humain palestinien et la mobilisation de l’opinion arabe ont figé les positions officielles. Mohammed ben Salmane a lui-même durci le ton, réclamant publiquement un chemin crédible vers un État palestinien comme préalable à toute reconnaissance.

Pour autant, l’intérêt stratégique saoudien à sceller un pacte de sécurité avec Washington reste entier. Riyad recherche des garanties de défense équivalentes à celles accordées à ses partenaires du Golfe, un accès élargi à l’armement américain de haut du spectre et la reconnaissance d’un statut de puissance régionale. Le nucléaire civil constitue l’un des piliers de ce paquet global. Renoncer à l’ensemble reviendrait à laisser le champ ouvert à des offres concurrentes, chinoise, russe ou sud-coréenne, moins-disantes sur les garanties de non-prolifération mais politiquement plus souples.

Un signal pour l’Afrique et le reste du monde arabe

La position américaine influence bien au-delà de la péninsule Arabique. Plusieurs capitales africaines, notamment au Maghreb et dans la bande sahélo-saharienne, suivent avec attention l’évolution du dossier. La reprise éventuelle du processus de normalisation aurait des conséquences directes sur les équilibres diplomatiques d’États comme le Maroc, la Mauritanie ou le Soudan, dont les positionnements vis-à-vis d’Israël restent tributaires des choix saoudiens.

Dans le même temps, le durcissement des conditions posées par Washington éclaire la doctrine de la nouvelle administration Trump. Contrairement au premier mandat, marqué par une approche transactionnelle et rapide, la Maison-Blanche adopte cette fois une ligne plus dure sur le séquençage. Aucune contrepartie majeure ne sera concédée sans avancée concrète sur le front israélien, y compris au risque de ralentir des négociations que Riyad et Tel-Aviv considéraient jusqu’ici comme mûres.

Reste que la fenêtre diplomatique se referme lentement. Chaque mois de guerre à Gaza rend politiquement plus coûteuse toute reconnaissance saoudienne. Les prochaines semaines diront si l’administration américaine assortit sa conditionnalité d’un plan crédible pour la question palestinienne, ou si le dossier nucléaire est appelé à s’enliser durablement. Selon PressAfrik, la déclaration du président américain a été formulée le 23 juillet.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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