Washington hausse le ton contre Oman, médiateur régional fragilisé

A large cargo ship navigating the open blue sea under a clear sky, showcasing maritime transport.Photo : Muhammed Zahid Bulut / Pexels

La séquence a sidéré les chancelleries du Golfe. Évoquant la situation autour du détroit d’Ormuz, le président américain Donald Trump a averti que le sultanat d’Oman devrait « bien se tenir, comme tout le monde », sous peine d’être « pulvérisé ». Une formulation si brutale, visant un allié stratégique de Washington, que certains observateurs ont d’abord cru à une confusion avec l’Iran. Jeudi 28 mai, son secrétaire au Trésor Scott Bessent a confirmé la tonalité en menaçant Mascate de sanctions « agressives » si le pays venait à appuyer Téhéran dans la mise en place d’un péage maritime dans le détroit.

Une rupture de ton inédite avec un partenaire historique

Le sultanat n’a pas l’habitude d’un tel traitement. Depuis des décennies, Oman cultive une diplomatie de l’entre-deux, équidistante entre Washington, Téhéran et Riyad. Cette posture a fait de Mascate l’un des rares canaux de discussion crédibles entre l’Iran et les puissances occidentales, notamment lors des négociations qui ont précédé l’accord nucléaire de 2015. Le pays a également joué un rôle d’intermédiaire dans la libération de ressortissants étrangers détenus dans la région et dans plusieurs séquences du dossier yéménite.

Les déclarations américaines tranchent donc avec la nature même de cette relation, bâtie sur la discrétion et la confiance. Selon le chercheur Laurent Bonnefoy, du Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po, la population et les élites omanaises éprouvent désormais « le sentiment d’une forme de trahison ». Le sultanat avait jusqu’ici été ménagé par les administrations successives à Washington, y compris durant le premier mandat de Donald Trump, précisément en raison de son utilité diplomatique.

Le détroit d’Ormuz au cœur de la pression américaine

L’enjeu de fond reste géographique. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, est bordé au sud par la péninsule de Musandam, enclave omanaise. Toute initiative de Téhéran visant à instaurer des frais de passage, comme l’évoque Washington, dépendrait de fait d’une forme de coopération, ou au moins de neutralité, du sultanat. C’est précisément ce levier que les États-Unis cherchent à neutraliser en agitant la menace de sanctions extraterritoriales.

Reste que la méthode interroge. En traitant publiquement Mascate sur le même registre que ses adversaires déclarés, l’administration américaine prend le risque de pousser un partenaire modéré vers une posture de repli, voire de réalignement partiel. Le sultan Haïtham ben Tariq, qui a succédé en 2020 à Qabous ben Saïd, s’efforce depuis son arrivée de moderniser l’économie nationale tout en préservant l’autonomie diplomatique héritée de son prédécesseur. Une mise en cause frontale par Washington fragilise cet équilibre.

Un signal envoyé à l’ensemble du Golfe

Au-delà du cas omanais, le message vise plus largement les monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG). En frappant verbalement le maillon le plus consensuel de l’ensemble, l’administration Trump signifie qu’aucun statut particulier ne mettra ses alliés à l’abri si ceux-ci venaient à contrarier les intérêts américains face à l’Iran. La méthode est cohérente avec la doctrine de pression maximale réactivée depuis le retour du républicain à la Maison-Blanche.

Pour Mascate, l’équation devient délicate. Renoncer à sa neutralité reviendrait à perdre l’atout qui justifie son influence régionale. À l’inverse, céder ostensiblement aux injonctions américaines exposerait le sultanat à des représailles iraniennes, alors que les deux rives du détroit entretiennent des liens économiques et humains denses. Le pays compte environ 4,5 millions d’habitants et dépend largement des recettes des hydrocarbures, ce qui limite sa marge de manœuvre face à un régime de sanctions américain.

Concrètement, les prochaines semaines diront si la séquence relève d’une intimidation tactique destinée à peser sur les négociations en cours avec Téhéran, ou si elle marque un infléchissement durable de la politique américaine dans le Golfe. Dans les deux cas, le capital diplomatique accumulé par Oman au fil des années sort entamé de l’épisode. Selon RFI Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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