La montée en puissance de l’intelligence artificielle dans la finance africaine est désormais assumée par les acteurs traditionnels du crédit aux PME. Dans un entretien accordé à Financial Afrik le 15 juillet, Jean-Luc Konan, président-directeur général du groupe COFINA, revendique une lecture pragmatique de cette bascule technologique. Pour le dirigeant ivoirien, l’IA n’est ni un substitut au banquier ni un simple outil marketing, mais un levier de discernement au service de l’octroi de crédit. Le groupe, présent dans plusieurs marchés d’Afrique de l’Ouest et centrale, revendique une position singulière entre la microfinance classique et la banque commerciale.
La mésofinance à l’épreuve de la digitalisation
COFINA a bâti son modèle sur un segment longtemps délaissé par le système bancaire africain : les entrepreneurs et petites structures dont les besoins de financement dépassent le plafond de la microfinance sans atteindre les seuils exigés par les banques universelles. Ce créneau intermédiaire, qualifié de mésofinance, suppose une évaluation fine du risque, souvent réalisée au contact direct des porteurs de projet. La digitalisation accélérée du continent, portée par le mobile money et l’explosion des données transactionnelles, transforme désormais cette économie du crédit relationnel.
Jean-Luc Konan décrit une évolution en profondeur du métier, où les flux numériques permettent de reconstituer l’historique financier d’entreprises informelles ou peu bancarisées. Cette matière première alimente les modèles de scoring déployés par le groupe. Reste que le dirigeant se garde de céder à la fascination technologique. Le contact physique, la connaissance du tissu économique local et l’accompagnement demeurent, selon lui, les fondements d’un crédit soutenable dans des économies où la volatilité macroéconomique reste élevée.
L’intelligence artificielle, outil d’arbitrage plutôt que de substitution
La formule choisie par le PDG de COFINA, celle d’un accélérateur de discernement, traduit une position équilibrée dans un débat qui traverse tout le secteur financier africain. Face à des fintechs qui automatisent intégralement l’octroi de microcrédits, l’institution défend une approche mixte. Les algorithmes servent à identifier les signaux faibles, à détecter les incohérences et à traiter en volume des dossiers qui, hier encore, exigeaient des semaines d’instruction. Mais la décision finale conserve une dimension humaine, argumentée et contextualisée.
Cette lecture recoupe les préoccupations des régulateurs de la zone UEMOA et de la CEMAC, attentifs aux risques de biais algorithmique et de surendettement dans les portefeuilles digitaux. Plusieurs autorités monétaires ouest-africaines ont d’ailleurs renforcé leurs exigences en matière de gouvernance des données et de transparence des modèles de crédit. COFINA, en tant qu’établissement supervisé, doit composer avec ce cadre prudentiel tout en préservant sa réactivité commerciale.
Cap sur le Cameroun et les ambitions panafricaines à l’horizon 2030
Au-delà du sujet technologique, l’entretien esquisse la trajectoire d’expansion du groupe. COFINA regarde vers le Cameroun, marché stratégique de la sous-région CEMAC, dont le tissu de PME et de professions libérales constitue une cible naturelle pour la mésofinance. Cette implantation viendrait compléter un dispositif déjà déployé en Côte d’Ivoire, au Sénégal, en Guinée, au Mali, au Gabon, au Burkina Faso, au Congo et au Togo, où le groupe a construit une notoriété auprès des entrepreneurs mal servis par les banques traditionnelles.
L’horizon fixé par le dirigeant est celui de 2030, échéance qui coïncide avec les grands agendas de développement continental, dont l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Pour Jean-Luc Konan, la consolidation du secteur privé africain passe par un financement adapté aux structures intermédiaires, celles qui créent l’essentiel des emplois formels mais peinent à accéder à des lignes de crédit stables. La compétition avec les fintechs pure players, souvent adossées à des capitaux étrangers, oblige les institutions historiques à investir massivement dans la donnée et l’analyse prédictive.
Concrètement, l’enjeu pour COFINA consiste à préserver sa singularité relationnelle tout en abaissant ses coûts d’instruction. La combinaison entre agents de terrain et outils d’IA doit permettre d’élargir la base de clients bancarisés sans dégrader la qualité du portefeuille. Dans un environnement où le taux de créances douteuses reste un point de vigilance permanent pour les régulateurs, la démonstration reste à faire à l’échelle. Selon Financial Afrik, le groupe poursuit néanmoins sa trajectoire d’institution panafricaine de référence sur son segment.
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