Naâma Asfari suspend sa grève de la faim dans les prisons marocaines

Sunlight streams through barred window of a prison cell, casting shadows and light patterns.Photo : Magda Ehlers / Pexels

Le militant sahraoui Naâma Asfari, incarcéré au Maroc depuis 2010, a interrompu la grève de la faim qu’il menait pour protester contre son maintien en détention et ses conditions carcérales. La décision, relayée par ses proches et son comité de soutien, met un terme provisoire à un bras de fer symbolique avec l’administration pénitentiaire marocaine, sans pour autant clore un dossier judiciaire qui pèse depuis quinze ans sur les relations entre Rabat, Alger et une partie des chancelleries européennes.

Un dossier judiciaire devenu emblème politique

Naâma Asfari a été arrêté en novembre 2010, à la veille du démantèlement du camp de Gdeim Izik, aux abords de Laâyoune. Ce campement de protestation, érigé par plusieurs milliers de Sahraouis pour dénoncer leurs conditions sociales, avait dégénéré en affrontements meurtriers avec les forces de sécurité marocaines. Condamné une première fois par un tribunal militaire, puis rejugé en 2017 par une juridiction civile à Salé, le militant purge une peine de trente ans de réclusion pour son implication présumée dans la mort d’agents des forces de l’ordre.

Le défenseur des droits humains a toujours contesté les faits et dénoncé des aveux obtenus, selon lui, sous la contrainte. En 2016, le Comité contre la torture des Nations unies avait retenu la plainte déposée par sa famille et estimé que le Maroc avait manqué à ses obligations internationales dans le traitement du dossier. Cette décision, largement citée par les organisations de défense des droits humains, continue d’alimenter la mobilisation autour de son cas, y compris en France, pays dont son épouse est ressortissante.

La grève de la faim, ultime levier des détenus sahraouis

La suspension du jeûne intervient après plusieurs semaines de mobilisation. Les proches du prisonnier évoquent un état de santé préoccupant et des négociations engagées avec la direction de l’établissement pénitentiaire pour obtenir des aménagements concrets, notamment sur l’accès aux soins, aux visites familiales et à la correspondance. Ce répertoire d’action, éprouvé par le groupe dit de Gdeim Izik, est devenu au fil des années l’un des rares canaux d’expression des détenus sahraouis, à défaut de recours juridictionnels jugés efficaces par leurs soutiens.

La question demeure sensible pour Rabat. Les autorités marocaines rejettent la qualification de prisonniers politiques et présentent les détenus de Gdeim Izik comme des personnes condamnées pour des faits criminels précis, à l’issue d’un procès public et contradictoire. Le ministère de la Justice met régulièrement en avant la conformité du régime carcéral aux standards internationaux et l’accès accordé à certaines missions d’observation.

Une toile de fond diplomatique en pleine recomposition

L’épisode survient dans un contexte diplomatique particulièrement favorable au Maroc sur la question du Sahara occidental. Depuis la reconnaissance par Washington en 2020 de la souveraineté marocaine sur le territoire, plusieurs capitales européennes et africaines ont infléchi leur position, appuyant explicitement le plan d’autonomie proposé par Rabat. Paris a franchi ce pas en 2024, suivi par Madrid dès 2022, remodelant en profondeur l’équilibre régional avec Alger, principal soutien du Front Polisario.

Dans ce paysage, le sort des militants sahraouis détenus au Maroc constitue l’un des rares angles morts régulièrement soulevés par les organisations non gouvernementales et certains parlementaires européens. Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale pour les droits humains ont, à plusieurs reprises, demandé une révision des procédures ayant conduit aux condamnations de 2013 puis de 2017. Ces exigences se heurtent à la position constante du royaume, qui considère le dossier comme définitivement jugé.

Reste que la médiatisation périodique de cas individuels, comme celui de Naâma Asfari, entretient une pression diffuse sur les partenaires du Maroc. Pour les capitales qui viennent d’ajuster leur position sur le Sahara occidental, le traitement des détenus sahraouis pourrait devenir, à moyen terme, un point d’équilibre à surveiller, notamment dans le cadre des dialogues bilatéraux sur l’État de droit. Selon PressAfrik, le militant a mis fin à son jeûne sans précisions immédiates sur les suites qui seront données à ses revendications.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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