Liban : Aoun alerte sur l’impact des frappes de Chakif

Aerial shot capturing a barren landscape with a lush forest cluster surrounded by arid terrain.Photo : Anthony Rahayel / Pexels

La tension est montée d’un cran au Liban après l’explosion survenue sur le site de Chakif, dans le caza de Nabatiyé. Le chef de l’État, Joseph Aoun, a publiquement averti que cet épisode risquait de faire dérailler la piste diplomatique laborieusement construite depuis le cessez-le-feu conclu avec Israël. Le président a insisté sur la gravité du moment, alors que Beyrouth tente de négocier un retrait complet de l’armée israélienne des positions qu’elle occupe encore au sud du fleuve Litani.

L’incident intervient dans un climat déjà lourd. Les frappes israéliennes se poursuivent malgré la trêve entrée en vigueur fin novembre 2024, et chaque nouvel événement militaire dans la zone frontalière fragilise un peu plus l’équilibre politique intérieur. La destruction du site de Chakif, un promontoire stratégique dominant la plaine méridionale, prend une charge symbolique particulière tant ce point culminant a longtemps constitué un verrou militaire dans la géographie du conflit israélo-libanais.

Le Hezbollah durcit le ton face au pouvoir central

La formation chiite n’a pas tardé à réagir. Dans une déclaration reprise par la presse libanaise, le Hezbollah accuse les autorités libanaises d’une forme de connivence avec ce qu’il désigne comme l’ennemi israélien. Le parti pointe une passivité qu’il juge coupable, estimant que l’appareil d’État n’a ni protégé le site ni dénoncé avec suffisamment de vigueur les opérations menées dans le sud.

Cette charge marque un tournant. Depuis l’élection de Joseph Aoun à la présidence en janvier 2025 et la nomination de Nawaf Salam à la tête du gouvernement, le Hezbollah avait modéré son discours institutionnel, tout en maintenant sa ligne de résistance. L’accusation directe de tawatuh, terme arabe qui renvoie à une collusion active, traduit une rupture de ton inédite envers un exécutif issu d’un compromis politique fragile.

Une voie diplomatique menacée

Pour la présidence libanaise, l’enjeu dépasse la seule question sécuritaire. Beyrouth mène depuis plusieurs mois un travail patient auprès des parrains du cessez-le-feu, notamment Washington et Paris, pour obtenir un désengagement israélien complet et la libération des détenus libanais. Le comité de suivi mis en place à Naqoura, présidé par le général américain Jasper Jeffers, sert de canal technique. Chaque incident majeur y complique la position libanaise.

Joseph Aoun a expressément lié la stabilité intérieure à la crédibilité du processus diplomatique. Le chef de l’État, ancien commandant en chef de l’armée, connaît la sensibilité du dossier sudiste et les marges étroites dont dispose l’institution militaire face à une double pression : celle des frappes israéliennes récurrentes et celle des acteurs armés non étatiques. Sa mise en garde s’adresse autant à l’extérieur qu’aux composantes internes tentées par la surenchère.

Fractures internes et équation régionale

L’accusation portée par le Hezbollah rouvre le débat sur le monopole de la violence légitime au Liban. Le désarmement du parti chiite figure parmi les demandes explicites de Washington et de Tel-Aviv, et constitue l’un des chapitres les plus explosifs de l’agenda gouvernemental. En dénonçant une supposée complicité de l’État, la formation dirigée par Naïm Qassem cherche à repositionner sa base militante et à contester la légitimité d’un dialogue qu’elle juge déséquilibré.

Sur le plan régional, l’épisode s’inscrit dans une séquence plus large. L’affaiblissement de l’axe pro-iranien après la chute du régime syrien en décembre 2024 et les pertes subies par le Hezbollah lors du conflit avec Israël ont rebattu les cartes. Téhéran surveille attentivement la scène libanaise, tandis que les capitales du Golfe, Riyad en tête, réinvestissent progressivement le dossier libanais avec une attention particulière portée aux réformes économiques et à la reconstruction du sud.

Reste que sans apaisement rapide, le fragile édifice institutionnel bâti depuis un an pourrait vaciller. Les prochaines semaines diront si la présidence parvient à contenir l’escalade verbale et à préserver ses canaux de négociation. Selon Al Akhbar, la tension entre le pouvoir exécutif et le Hezbollah atteint un niveau rarement observé depuis la formation du gouvernement Salam.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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