Liban : Nabil Kaouk célèbre les quatre jours qui ont scellé la libération

Breathtaking aerial view of a quaint village nestled in lush mountain terrain, showcasing stunning architecture.Photo : Anthony Rahayel / Pexels

Le cheikh Nabil Kaouk, membre du conseil exécutif du Hezbollah, a consacré une intervention récente aux « quatre jours » qui, selon lui, ont couronné la libération du Sud-Liban de l’occupation israélienne en mai 2000. Le propos, relayé par le quotidien beyrouthin Al Akhbar, s’inscrit dans la séquence commémorative que le parti chiite libanais entretient méthodiquement depuis vingt-cinq ans. Il intervient dans un contexte régional tendu, marqué par la guerre à Gaza et la confrontation prolongée entre la formation et l’armée israélienne sur le front sud.

Une relecture mémorielle des journées fondatrices

Dans son intervention, Nabil Kaouk revient sur la chronologie courte mais décisive qui, fin mai 2000, a précipité le retrait des troupes israéliennes du Liban-Sud après plus de vingt ans d’occupation. Le dirigeant insiste sur la dimension populaire de ce moment, mettant en avant la convergence entre l’action militaire de la résistance et le soulèvement des habitants des villages frontaliers. Cette grille de lecture, constante dans le discours du parti, attribue à la combinaison entre lutte armée et adhésion sociale la rupture stratégique imposée à l’État hébreu.

Le responsable du Hezbollah décrit ces quatre journées comme le couronnement d’un cycle plus long, ouvert dès le milieu des années 1980 avec la structuration de la résistance islamique. Il rappelle le coût humain de cette trajectoire, en évoquant les combattants et les cadres tombés pendant les opérations contre les positions israéliennes et celles de l’Armée du Liban-Sud, milice supplétive de Tel-Aviv. La libération de mai 2000 reste, dans la doctrine officielle du parti, le socle de légitimité de son arsenal et de son maintien comme acteur armé en marge de l’État libanais.

Un récit instrumenté dans le contexte post-guerre

La référence appuyée à 2000 n’est pas anodine. Le Hezbollah sort affaibli de la confrontation ouverte avec Israël déclenchée à l’automne 2023, qui a culminé avec l’élimination de plusieurs de ses figures historiques, dont Hassan Nasrallah en septembre 2024. La formation doit composer avec un environnement intérieur transformé, marqué par l’élection d’un nouveau président de la République et par les exigences renouvelées de la communauté internationale concernant le désarmement des groupes non étatiques au sud du Litani.

Dans ce contexte, la commémoration des « quatre jours » fonctionne comme un instrument de cohésion. Elle vise à rappeler aux bases sociales du parti, principalement chiites, que la formation conserve une fonction historique irremplaçable. Le discours de Kaouk s’adresse aussi, en filigrane, aux acteurs libanais qui plaident pour une intégration accélérée de l’arsenal du Hezbollah au sein des forces armées régulières. En remettant la libération de 2000 au centre du récit, le parti revendique une antériorité et une utilité que la séquence récente ne serait pas, selon lui, parvenue à entamer.

Une rhétorique tournée vers la base et l’arrière-pays

Le choix du registre est révélateur. Plutôt que de s’attarder sur les pertes militaires des derniers mois ou sur les difficultés du retour des déplacés dans les villages frontaliers détruits, Nabil Kaouk privilégie un horizon historique long. Cette posture est cohérente avec la stratégie communicationnelle adoptée par la direction collective qui a succédé à Hassan Nasrallah. Elle consiste à projeter une image de continuité doctrinale et à éviter toute reconnaissance publique de fragilité, alors que les négociations indirectes sur la frontière sud progressent par à-coups sous médiation américaine et française.

L’évocation des combattants tombés et des journées dites du « couronnement » répond également à un objectif intérieur immédiat : entretenir la mobilisation de l’électorat chiite avant les échéances municipales et législatives, dans une phase où l’autorité financière et symbolique du parti est mise à l’épreuve. La référence au Sud-Liban libéré, territoire désormais à nouveau exposé aux frappes israéliennes, donne à ce récit une charge émotionnelle que les cadres de la formation manient avec constance. Selon Al Akhbar, l’intervention de Nabil Kaouk s’inscrit dans une série de prises de parole programmées par la direction du Hezbollah à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire du retrait israélien.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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