Israël : le Likoud recule durablement, Netanyahou en difficulté

A bustling street scene with cars and the Israel Museum under a dramatic cloudy sky.Photo : Anat Landa / Pexels

Le Likoud de Benjamin Netanyahou s’enfonce dans les sondages israéliens, au point que la défaite électorale du Premier ministre est désormais présentée comme un scénario probable par la presse arabe couvrant les affaires israéliennes. Les enquêtes d’opinion diffusées ces dernières semaines convergent vers le même diagnostic : le parti de droite qui domine la vie politique du pays depuis près de deux décennies ne parvient plus à enrayer la baisse de son socle électoral. Ce recul, jugé stable et non conjoncturel, redistribue les cartes à l’approche du prochain rendez-vous législatif.

Une érosion devenue structurelle pour le Likoud

Les instituts israéliens qui publient régulièrement leurs baromètres politiques font état d’un tassement continu du Likoud, sans rebond significatif malgré les tentatives de reprise en main de l’agenda sécuritaire. La formation dirigée par Benjamin Netanyahou perd des sièges par rapport à sa représentation actuelle à la Knesset, et se retrouve régulièrement dépassée par les partis d’opposition. Ce mouvement ne relève plus d’un accident sondagier isolé : il s’inscrit dans la durée, ce qui alimente les analyses évoquant une bascule possible du rapport de forces.

La coalition au pouvoir, qui associe le Likoud aux partis religieux ultra-orthodoxes et à l’extrême droite nationaliste, peine à conserver la majorité de 61 sièges nécessaire pour gouverner. Plusieurs projections l’établissent en deçà de ce seuil, tandis que le bloc d’opposition, hétérogène mais coordonné dans son objectif de renverser le Premier ministre, se rapproche du chiffre requis. Cette dynamique s’accompagne d’une hausse de l’électorat déclarant vouloir un changement de gouvernement.

Un Premier ministre fragilisé sur plusieurs fronts

La perte de vitesse du Likoud reflète l’usure d’un chef de gouvernement confronté à une accumulation de crises. La guerre à Gaza, engagée après le 7 octobre 2023, continue de peser sur la popularité de Benjamin Netanyahou, en particulier au sein d’une opinion publique divisée sur la stratégie militaire, le sort des otages et le coût économique du conflit. Les critiques portent également sur la gestion de la sécurité en amont de l’attaque du Hamas, dont plusieurs commissions d’enquête examinent encore les responsabilités.

À ce climat s’ajoutent les poursuites judiciaires pour corruption qui visent le Premier ministre, et la contestation persistante autour de la réforme judiciaire lancée en 2023. Ces dossiers, mis en sourdine par la guerre, réapparaissent dans le débat public à mesure que l’échéance électorale approche. Le Likoud voit une partie de son électorat traditionnel se reporter vers des formations concurrentes de la droite, sans que l’appareil du parti ne réussisse à formuler une riposte politique convaincante.

L’opposition en position d’alternance

Face à cette érosion, les figures de l’opposition consolident leur position. Les partis centristes et de droite modérée, portés notamment par d’anciens responsables sécuritaires reconvertis en politique, captent une part croissante des électeurs déçus par la coalition sortante. Les enquêtes créditent ce bloc d’un potentiel de majorité, à condition qu’il parvienne à s’entendre sur un projet de gouvernement commun et sur la répartition des portefeuilles clés.

Reste que le calendrier électoral demeure incertain. Aucune dissolution anticipée de la Knesset n’a été formellement engagée, et Benjamin Netanyahou dispose encore de leviers institutionnels pour repousser l’échéance. Le Premier ministre mise sur une inflexion diplomatique, notamment autour de la séquence régionale ouverte par les États-Unis, pour tenter de recomposer un récit favorable à sa reconduction. Mais dans l’immédiat, la constance du décrochage du Likoud dans les sondages nourrit chez ses adversaires la conviction qu’une alternance est à portée de main.

Ce basculement potentiel intéresse au-delà des frontières israéliennes : les capitales arabes, les partenaires occidentaux et les acteurs du dossier palestinien scrutent les signaux d’une reconfiguration politique susceptible d’infléchir la trajectoire régionale. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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