Liban : Beyrouth accusée de faciliter le démantèlement de la FINUL

UN armored vehicles and peacekeepers patrol a busy urban street.Photo : Safi Erneste / Pexels

Le débat sur l’avenir de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) prend un tournant préoccupant. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, les autorités de Beyrouth seraient désormais alignées sur la volonté israélienne de mettre un terme au mandat de la mission onusienne déployée dans le sud du pays depuis 1978. Cette convergence, qualifiée de rupture stratégique, ouvrirait la voie à une nouvelle architecture sécuritaire imposée par Tel-Aviv à sa frontière nord.

Une FINUL en sursis face aux pressions israéliennes

Déployée après l’invasion israélienne de 1978 et considérablement renforcée à la suite de la guerre de l’été 2006, la FINUL compte aujourd’hui près de dix mille Casques bleus issus de plus de quarante contingents nationaux. Sa mission, encadrée par la résolution 1701 du Conseil de sécurité, consiste à surveiller la cessation des hostilités entre le Hezbollah et l’armée israélienne, et à appuyer le déploiement des Forces armées libanaises au sud du fleuve Litani.

Depuis la guerre déclenchée à l’automne 2023 et l’intensification des frappes sur le Liban-Sud en 2024, Israël multiplie les critiques contre la force onusienne, l’accusant d’inefficacité, voire de complaisance à l’égard du Hezbollah. Plusieurs incidents visant directement des positions de la FINUL ont été documentés durant l’offensive israélienne, provoquant les protestations d’États contributeurs comme la France, l’Italie ou l’Espagne. Tel-Aviv, à travers ses représentants diplomatiques, plaide désormais ouvertement pour un non-renouvellement du mandat ou pour une refonte profonde de ses attributions.

Le tournant des autorités libanaises selon Al Akhbar

Le quotidien proche de l’axe de la résistance affirme que la présidence libanaise et son appareil sécuritaire auraient basculé dans une posture d’accompagnement de l’agenda israélien. La formulation employée est sévère : les autorités seraient devenues « partenaires » d’Israël dans la liquidation programmée de la FINUL. Ce glissement traduirait, aux yeux du journal, l’influence croissante des parrainages américains et français sur les décideurs libanais, dans un contexte de reconstruction post-conflit dépendante des bailleurs occidentaux et du Golfe.

L’enjeu dépasse la seule question du maintien d’un contingent international. Il s’agit, selon Al Akhbar, de la substitution progressive du cadre onusien par un mécanisme bilatéral ou trilatéral, associant Washington comme superviseur direct des arrangements sécuritaires entre Beyrouth et Tel-Aviv. Le comité de suivi du cessez-le-feu instauré fin 2024, déjà présidé par un officier américain, préfigurerait cette nouvelle configuration.

Vers une nouvelle ingénierie sécuritaire imposée à Beyrouth

Le concept d’« ingénierie sécuritaire » avancé par le journal renvoie à un projet stratégique israélien de longue haleine. Il s’agirait de figer un rapport de forces favorable à Israël sur toute la profondeur du Liban-Sud, en désarmant la résistance armée, en restreignant les capacités de l’armée libanaise sur des lignes fixées par Tel-Aviv, et en instaurant une zone tampon élargie dans laquelle les activités civiles resteraient sous surveillance. Plusieurs villages frontaliers, dévastés par les bombardements de 2024, demeurent d’ailleurs inaccessibles à leurs habitants en raison de la présence militaire israélienne persistante.

Pour ses détracteurs libanais, ce schéma revient à consacrer une souveraineté amputée. La disparition de la FINUL priverait Beyrouth d’un témoin international, seul capable de documenter les violations et d’internationaliser les contentieux frontaliers, notamment autour des fermes de Chebaa et des points contestés sur la Ligne bleue. À l’inverse, ses partisans à Tel-Aviv y voient un moyen d’obtenir directement, sans filtre onusien, des garanties de sécurité et une marge de manœuvre opérationnelle.

La question du renouvellement du mandat, traditionnellement examinée par le Conseil de sécurité à l’été, s’annonce donc particulièrement tendue. Paris, Rome et Madrid, gros contributeurs de troupes, hésitent entre leur attachement au multilatéralisme onusien et la pression conjointe de Washington et de Tel-Aviv. La position officielle de Beyrouth, encore ambiguë dans les enceintes diplomatiques, sera scrutée comme un révélateur de la marge d’autonomie qui subsiste au sommet de l’État libanais. Selon Al Akhbar, cette marge se serait déjà considérablement réduite.

Pour aller plus loin

Liban : Berri refuse de couvrir Aoun sur les dossiers de souveraineté · Hormuz : Washington étudie des frappes limitées contre l’Iran · Liban : les écoles publiques prises en étau face aux déplacés

Actualité africaine

About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

Be the first to comment on "Liban : Beyrouth accusée de faciliter le démantèlement de la FINUL"

Laisser un commentaire