Sénégal : la troisième session de l’Assemblée nationale s’éternise

A vibrant street scene featuring an Islamic mosque with distinct architecture under a clear blue sky.Photo : Yvcx Sanchez / Pexels

La troisième session de l’Assemblée nationale sénégalaise s’installe dans la durée, bien au-delà du rythme habituel des travaux parlementaires. À Dakar, les députés issus de la quinzième législature poursuivent leurs échanges alors que plusieurs textes attendent toujours d’être examinés, tranchés ou renvoyés en commission. Cette lenteur, qui contraste avec la promesse d’efficacité affichée au lendemain des législatives anticipées de novembre 2024, interroge sur la capacité de la chambre à absorber le flux de réformes portées par l’exécutif.

Un calendrier parlementaire sous tension à Dakar

Depuis l’ouverture des travaux, la conférence des présidents a été contrainte de réajuster à plusieurs reprises l’ordre du jour. La majorité issue du parti Pastef, arrivée en force à l’hémicycle après le scrutin anticipé, doit composer avec un empilement de projets de loi transmis par le gouvernement du Premier ministre Ousmane Sonko. Textes budgétaires, réformes institutionnelles, ajustements sectoriels : la charge de travail excède le rythme habituel d’une session ordinaire.

Les groupes parlementaires évoquent en coulisses la difficulté à concilier examen sérieux des textes et cadence imposée par l’agenda politique. Plusieurs commissions techniques auraient sollicité des délais supplémentaires pour auditionner ministres et experts. Résultat, des séances plénières se succèdent à un rythme irrégulier, ponctuées de suspensions et de reports qui alimentent le sentiment d’un enlisement procédural.

Une majorité pastefienne à l’épreuve du travail législatif

Élue sur un mandat de rupture, la majorité doit désormais traduire son discours en normes juridiques. L’exercice se révèle plus exigeant que prévu. Les députés novices, largement majoritaires dans les rangs du parti au pouvoir, apprennent la mécanique parlementaire en même temps qu’ils légifèrent. Chaque texte controversé, notamment ceux touchant à l’architecture institutionnelle ou à la reddition des comptes, mobilise davantage de débats internes que ne le laissaient présager les rapports de force sortis des urnes.

L’opposition, réduite numériquement mais aguerrie, exploite chaque brèche procédurale pour ralentir l’adoption des textes qu’elle juge problématiques. Motions, amendements, demandes d’explication : le répertoire classique de la contestation parlementaire est mobilisé sans retenue. Cette guérilla parlementaire, si elle demeure dans le cadre du règlement intérieur, contribue à étirer les débats et à repousser les votes formels.

Un enjeu de crédibilité pour l’institution

Au-delà de la mécanique interne, l’allongement de la session pose une question de perception. L’Assemblée nationale, longtemps critiquée sous la précédente législature pour son alignement supposé sur l’exécutif, cherche à affirmer une nouvelle posture. Le président de l’institution, Malick Ndiaye, plaide pour un travail approfondi et refuse la logique du vote expéditif. Cette exigence de qualité législative se paie toutefois en temps, et l’opinion publique commence à s’interroger sur la capacité du Parlement à tenir son rôle sans devenir un goulet d’étranglement.

Les partenaires économiques du Sénégal suivent également ces travaux avec attention. Plusieurs réformes attendues touchent au code minier, à la gouvernance des hydrocarbures et au cadre fiscal applicable aux entreprises. Le report répété de leur examen entretient une incertitude préjudiciable aux décisions d’investissement, dans un contexte où Dakar cherche à consolider sa trajectoire budgétaire après les audits des finances publiques diligentés au début de l’année.

La suite du calendrier reste incertaine. Une éventuelle prolongation de la session, ou la convocation d’une session extraordinaire pour évacuer les textes en souffrance, figurent parmi les options évoquées dans les couloirs de l’hémicycle. Dans l’intervalle, chaque semaine supplémentaire de travaux nourrit le débat sur la nouvelle grammaire parlementaire que la majorité entend imposer. Selon Seneweb, la clôture des travaux n’est pas encore programmée avec certitude.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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