Le secteur minier malien, pilier budgétaire de la transition militaire, fait face à un risque de blocage. Plusieurs comités syndicaux, représentant à la fois des salariés d’exploitations privées et des agents de la Direction nationale de la géologie et des mines (DNGM), agitent la menace d’un arrêt coordonné de l’activité. La mobilisation cible directement la chaîne de production aurifère, dont dépendent une part substantielle des recettes fiscales et l’équilibre de la balance des paiements du pays.
Une mobilisation syndicale qui touche l’ensemble de la chaîne minière
Les revendications émanent simultanément d’organisations de terrain, adossées à des sociétés d’exploitation, et de représentants de l’administration technique en charge du suivi géologique et du contrôle des titres miniers. Cette convergence inhabituelle donne à la contestation un potentiel de blocage rarement observé dans le secteur. En cas de mot d’ordre suivi, les sites de production, mais aussi les procédures administratives conditionnant l’octroi et le renouvellement des permis, seraient affectés.
Le Mali figure parmi les principaux producteurs d’or du continent, aux côtés du Ghana, du Burkina Faso et de l’Afrique du Sud. Les exportations aurifères représentent, selon les exercices, plus des deux tiers des recettes d’exportation du pays. Toute interruption prolongée de la production se traduirait mécaniquement par une contraction des rentrées fiscales, à un moment où l’État cherche à consolider ses marges budgétaires face aux dépenses sécuritaires et aux effets des sanctions passées de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).
Un climat déjà tendu entre Bamako et les majors
La menace syndicale s’inscrit dans un environnement sectoriel particulièrement crispé. Depuis l’adoption, en 2023, d’un nouveau code minier plus favorable à l’État, les autorités de transition ont engagé un bras de fer avec plusieurs opérateurs étrangers, en particulier le canadien Barrick Gold, exploitant du complexe de Loulo-Gounkoto. Les redressements fiscaux réclamés, les arrestations de cadres et la suspension temporaire d’exportations ont marqué l’opinion et alerté les investisseurs internationaux.
Dans ce contexte, l’entrée en scène des syndicats introduit une variable supplémentaire. Les revendications catégorielles, qu’elles portent sur les conditions de travail, la grille salariale ou la sécurité sur les sites, prennent une résonance politique dès lors qu’elles convergent avec les tensions entre l’exécutif et les compagnies. Les employés locaux, souvent premiers exposés aux plans de restructuration décidés en réaction aux différends fiscaux, cherchent à peser sur les arbitrages en cours.
Un risque économique difficilement soutenable
Pour Bamako, la perspective d’une paralysie même partielle du secteur constitue un scénario redouté. Les régies financières s’appuient sur les versements réguliers des sociétés minières pour couvrir une part significative des dépenses courantes. Une rupture d’approvisionnement en devises pénaliserait par ricochet le règlement des importations stratégiques, à commencer par les hydrocarbures et les intrants alimentaires. Les partenaires bancaires régionaux surveillent également l’évolution du dossier, dans la mesure où l’or malien alimente une partie des flux transitant par les places de Dakar et d’Abidjan.
Du côté des opérateurs, la crainte porte sur la prévisibilité à moyen terme. Les décisions d’investissement dans l’exploration ou l’extension des capacités reposent sur des horizons de dix à quinze ans, incompatibles avec un environnement social et réglementaire instable. Plusieurs projets d’or et de lithium, pour lesquels le sous-sol malien suscite un intérêt croissant, pourraient être différés si le climat ne se stabilise pas rapidement.
Reste à mesurer la capacité des autorités à ouvrir un dialogue tripartite associant l’administration, les compagnies et les représentants du personnel. La sortie de crise dépendra de la volonté de chacun à distinguer les revendications professionnelles des contentieux fiscaux qui opposent l’État aux majors. Selon PressAfrik, les comités syndicaux concernés se disent prêts à passer à l’action si leurs doléances demeurent sans réponse.
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