Gabon : la mission du FMI s’achève sans accord sur un nouveau programme

Stunning night view of Quezon City skyline with illuminated buildings and vibrant city lights.Photo : Picasso Dela Cruz / Pexels

La mission du Fonds monétaire international (FMI) au Gabon s’est achevée sans annonce d’accord formel sur un nouveau programme économique et financier. Les échanges menés en septembre à Libreville avec les équipes du ministère de l’Économie, du Budget et de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) n’ont pas permis de refermer les points de divergence entre les deux parties. Les négociations se prolongent désormais dans un format technique, sans calendrier public arrêté pour une éventuelle validation par le conseil d’administration de l’institution de Bretton Woods.

Un dialogue technique qui bute sur les équilibres budgétaires

Les discussions portent sur la trajectoire des finances publiques gabonaises, marquée par un déficit important et une dette dont la soutenabilité fait l’objet d’un examen étroit. Les services du FMI insistent traditionnellement sur des cibles précises en matière de recettes non pétrolières, de maîtrise de la masse salariale et de rationalisation des dépenses fiscales. Pour Libreville, ces exigences interviennent au moment où les autorités de transition, arrivées au pouvoir après le changement politique d’août 2023, cherchent à financer un ambitieux programme d’investissements et à honorer des engagements sociaux pris au cours des derniers mois.

Le pays reste par ailleurs exposé à la volatilité des cours du brut, principale source de devises et de recettes fiscales. Toute hypothèse de programme suppose un cadrage macroéconomique partagé sur le prix du baril, le rythme de production et les marges de manœuvre offertes par la fiscalité pétrolière. Les échanges de septembre auraient précisément achoppé sur la crédibilité des projections budgétaires transmises par les autorités, jugées optimistes par les experts du Fonds.

Un enjeu de crédibilité pour la transition gabonaise

Au-delà des aspects strictement techniques, l’aboutissement d’un accord avec le FMI revêt une portée politique considérable pour les autorités issues du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI). Un programme validé jouerait un rôle de signal auprès des créanciers bilatéraux, des banques commerciales et des investisseurs privés, à un moment où le Gabon doit refinancer une partie de sa dette extérieure. Il ouvrirait également l’accès à des décaissements directs susceptibles d’alléger la pression sur la trésorerie de l’État.

L’absence d’accord entretient à l’inverse un climat d’attentisme. Les partenaires techniques et financiers, notamment la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, calibrent souvent leurs propres appuis en fonction du cadre défini avec le FMI. Reste que Libreville a jusqu’ici démontré sa capacité à mobiliser des ressources sur le marché régional de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), via des émissions de titres publics souscrites par les banques de la sous-région.

Une équation régionale scrutée par la CEMAC

La situation gabonaise s’inscrit dans un cadre communautaire fragilisé. Les six pays de la CEMAC partagent une monnaie commune, le franc CFA d’Afrique centrale, adossée à des règles de couverture extérieure suivies de près par la BEAC. La conclusion de programmes avec le FMI dans les principaux États membres est traditionnellement considérée comme un facteur de stabilisation des réserves de change de la zone. Un décrochage prolongé du Gabon, deuxième économie de la communauté, pèserait sur ce dispositif de surveillance régionale.

Dans l’immédiat, les autorités de transition doivent finaliser la préparation du projet de loi de finances pour l’exercice suivant, document qui servira de socle aux prochains échanges avec les services du Fonds. La qualité des hypothèses retenues, en particulier sur la mobilisation des recettes intérieures et le rythme d’exécution des investissements, conditionnera la reprise formelle des discussions. Une nouvelle mission pourrait être programmée d’ici la fin de l’année, sans que l’agenda précis ait été confirmé par les parties.

Le dossier illustre la difficulté, pour un État producteur d’hydrocarbures en transition politique, de concilier orthodoxie budgétaire et priorités de reconstruction institutionnelle. Selon Info 241, les négociations entre Libreville et Washington se poursuivent en vue d’un éventuel accord ultérieur.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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