Washington : un document secret propose à Trump un plan anti-Hezbollah

A stunning aerial view of The White House surrounded by downtown Washington D.C.'s architecture and green spaces.Photo : Pixabay / Pexels

Un document secret élaboré par le Conseil de sécurité nationale américain (NSC) et remis à Donald Trump propose une feuille de route pour affaiblir puis démanteler le Hezbollah libanais. La révélation, publiée par le quotidien libanais Al Akhbar, éclaire la manière dont l’administration républicaine envisage désormais le dossier du parti chiite, considéré depuis Washington comme la pièce maîtresse de l’influence iranienne au Levant. Le texte s’inscrit dans le prolongement de la guerre de 2024 entre Israël et le Hezbollah, qui a considérablement dégradé les capacités opérationnelles de la formation.

Une stratégie américaine articulée autour de l’étranglement du Hezbollah

Selon le contenu attribué au document, la Maison-Blanche envisagerait une combinaison d’outils diplomatiques, financiers et sécuritaires pour vider le mouvement de sa substance. La logique retenue ne repose plus sur un affrontement militaire direct, jugé coûteux et incertain, mais sur un travail de sape méthodique : assèchement des circuits de financement, sanctions ciblées contre les intermédiaires économiques et pressions accrues sur les États tiers susceptibles de servir de relais logistiques. L’objectif affiché serait de rendre intenable le maintien d’une force armée parallèle à l’État libanais.

Le texte insisterait par ailleurs sur la nécessité d’exploiter la fenêtre stratégique ouverte par les pertes subies par le parti chiite durant les hostilités récentes avec Israël. La disparition d’une partie de sa chaîne de commandement, l’affaiblissement de son arsenal et l’érosion de son sanctuaire dans la banlieue sud de Beyrouth constitueraient, aux yeux du NSC, une occasion historique. Reste que l’ancrage social du mouvement dans la communauté chiite libanaise, mesuré depuis des décennies par les scrutins législatifs, complique tout scénario d’éradication politique.

Le Liban, terrain d’application d’une pression internationale coordonnée

Le document, tel que rapporté par Al Akhbar, préconiserait un soutien renforcé aux Forces armées libanaises afin qu’elles étendent leur contrôle sur l’ensemble du territoire, en particulier au sud du fleuve Litani. Cette perspective rejoint la lettre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2006, longtemps restée lettre morte. Washington chercherait à conditionner son assistance à des avancées vérifiables en matière de désarmement des milices non étatiques, tout en mobilisant ses partenaires du Golfe pour financer la reconstruction des zones dévastées.

La stratégie américaine impliquerait également une action sur le terrain politique intérieur. L’élection présidentielle libanaise, longtemps bloquée par les blocages parlementaires, a débouché en janvier 2025 sur l’accession de Joseph Aoun à la magistrature suprême. La formation d’un gouvernement moins perméable aux exigences du tandem chiite Hezbollah-Amal est présentée, dans les cercles de Washington, comme une condition nécessaire à la mise en œuvre du plan. Les diplomates américains, à commencer par l’émissaire Amos Hochstein durant l’ère précédente, avaient déjà œuvré à ce basculement.

Un pari qui interroge sur la stabilité régionale

La divulgation du document intervient dans un contexte régional bouleversé par l’effondrement du régime de Bachar el-Assad en Syrie, en décembre 2024, qui a privé le Hezbollah de sa profondeur stratégique et coupé son principal corridor d’approvisionnement en provenance d’Iran. Téhéran, affaibli par les frappes israéliennes conduites sur son sol au cours de la même année, dispose d’une marge de manœuvre réduite pour soutenir son allié libanais. Cette conjonction de facteurs nourrit, à Washington, la conviction qu’une phase décisive s’ouvre.

Plusieurs analystes soulignent toutefois les limites d’une approche exclusivement coercitive. La dissolution accélérée d’une organisation aussi enracinée pourrait générer un vide sécuritaire propice à des recompositions violentes, dans un pays déjà exsangue économiquement. La livre libanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur depuis 2019, et près de 80 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté selon les estimations onusiennes. Toute déstabilisation supplémentaire risquerait de peser sur les équilibres confessionnels hérités de l’accord de Taëf de 1989.

Pour l’administration Trump, la question du Hezbollah dépasse le seul cadre libanais : elle engage la crédibilité américaine face à l’Iran et détermine l’architecture sécuritaire future de la Méditerranée orientale. Les prochaines semaines diront si la feuille de route reste au stade des préconisations internes ou se traduit par des décisions opérationnelles. Selon Al Akhbar.

Pour aller plus loin

Nucléaire iranien : Téhéran attend une réponse officielle de Washington · Hezbollah : Nasrallah érigé en figure d’une révolution mondiale · Liban : Nawaf Salam accusé d’isoler Beyrouth sur fond de menaces israéliennes

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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