La Côte d’Ivoire rompt l’accord cacao d’harmonisation avec le Ghana

Close-up of cocoa beans drying in rural Nigeria, showcasing natural texture and agricultural process.Photo : Bamidele Sodiq / Pexels

La Côte d’Ivoire aurait choisi de sortir du mécanisme conjoint d’harmonisation du prix bord champ du cacao qu’elle partageait avec le Ghana, d’après la titrologie ivoirienne du lundi 28 septembre 2026. L’information, mise en avant par le journal Le Moment, marque un tournant dans la coopération nouée depuis plusieurs années entre Abidjan et Accra, les deux capitales qui pèsent à elles seules près de 60 % de la production mondiale de fèves. Le sujet touche directement à la rémunération de millions de planteurs et au pouvoir de négociation face aux industriels du chocolat.

Une alliance historique entre les deux premiers producteurs de cacao

Depuis 2019, la Côte d’Ivoire et le Ghana s’étaient entendus pour instaurer un différentiel de revenu décent, connu sous l’acronyme DRD, ajouté au prix international afin de garantir un meilleur revenu aux cacaoculteurs. Ce mécanisme, adossé à une coordination des campagnes et des prix garantis, s’inspirait ouvertement du modèle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. L’ambition affichée par le Conseil du café-cacao (CCC) ivoirien et le Ghana Cocoa Board (Cocobod) était claire : peser davantage sur la formation des cours à Londres et à New York, et rompre avec l’atomisation historique de l’offre africaine.

Sur le papier, l’alliance offrait un contrepoids inédit aux grands négociants et transformateurs internationaux. Dans les faits, la mise en œuvre s’est heurtée à des cycles de prix erratiques, à la maladie du swollen shoot qui a ravagé les vergers ghanéens, et à des divergences croissantes sur la politique de commercialisation. La flambée des cours mondiaux du cacao intervenue depuis 2023 a encore accentué les écarts de stratégie entre les deux voisins.

Les ressorts probables d’une rupture ivoirienne

La décision prêtée à Abidjan de rompre l’accord d’harmonisation reflète, selon toute vraisemblance, une volonté de reprendre la main sur sa propre politique de prix. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial avec une récolte annuelle oscillant autour de deux millions de tonnes, dispose d’un poids commercial suffisant pour négocier seule ses primes avec les acheteurs. Le pays a par ailleurs engagé un vaste chantier de traçabilité et de conformité aux exigences européennes en matière de déforestation, qui pèsent sur la structure de coûts de la filière.

Autre facteur : le Ghana peine depuis plusieurs saisons à livrer les volumes contractés, en raison notamment de l’orpaillage illégal qui grignote les plantations et d’une contrebande transfrontalière massive vers les acheteurs ivoiriens. Ce déséquilibre productif rend la coordination des prix plus difficile à tenir. Abidjan, soumis à une pression sociale forte de la part des planteurs, ne peut se permettre de caler durablement sa politique de rémunération sur celle d’un partenaire dont la production recule.

Quelles implications pour la filière ouest-africaine

Une rupture officielle affaiblirait mécaniquement le front commun face aux multinationales du chocolat. La capacité des deux pays à imposer un différentiel de revenu décent stable dépendait précisément de leur cohésion. Sans elle, chaque producteur négociera séparément ses primes, au risque de voir les acheteurs jouer la concurrence entre Abidjan et Accra. Les traders de Londres et de Genève, principaux animateurs du marché à terme, surveilleront de près les prochaines annonces du Conseil du café-cacao sur le prix garanti de la campagne 2026-2027.

Pour les planteurs ivoiriens, l’enjeu immédiat porte sur le niveau du prix bord champ qui sera fixé à l’ouverture de la nouvelle campagne. Les organisations professionnelles réclament depuis plusieurs mois une revalorisation reflétant la flambée des cours mondiaux, restés au-dessus de seuils historiques malgré une récente correction. Côté ghanéen, la fin du parapluie commun pourrait accentuer les difficultés du Cocobod, déjà lourdement endetté et contraint de renégocier ses préfinancements syndiqués.

Reste à mesurer la portée exacte de cette rupture : simple ajustement tactique ou changement durable de doctrine ? Les autorités ivoiriennes n’ont, à ce stade, pas assorti l’annonce d’un cadre alternatif de coopération avec Accra. Selon Abidjan.net, l’information provient de la une du quotidien Le Moment publiée dans la titrologie du 28 septembre 2026.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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