Attijariwafa bank consolide son maillage dans 14 pays africains

High-angle view of Casablanca's urban skyline under a vibrant blue sky.Photo : Aymane Hanni / Pexels

Avec quatorze implantations africaines en dehors de son marché domestique, Attijariwafa bank figure parmi les trois premiers groupes bancaires panafricains par la taille, aux côtés du togolais Ecobank et du sud-africain Standard Bank. Le groupe marocain contrôle douze banques filiales à capital majoritaire, principalement réparties entre l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cette densité capitalistique distingue sa stratégie de celle d’un Ecobank, bâti par agrégation, ou d’un UBA, qui a privilégié les créations ex nihilo depuis Lagos à partir de 2008.

Un modèle à deux étages entre banques universelles et métiers spécialisés

Le dispositif d’Attijariwafa bank repose sur une architecture à deux niveaux. D’un côté, des banques universelles contrôlées majoritairement dans chaque juridiction, qui captent le marché local des particuliers, des PME et des entreprises. De l’autre, des filiales spécialisées – leasing, affacturage, crédit à la consommation, crédit hypothécaire, location longue durée, banque participative, transferts et paiements – concentrées juridiquement au Maroc, à l’exception notable de Wafacash dans la monétique et les transferts.

Ce choix d’une localisation marocaine des métiers de financement spécialisé n’est pas anodin. Il permet de mutualiser le coût du capital, de bénéficier d’un cadre prudentiel unifié sous la supervision de Bank Al-Maghrib et d’exporter des produits standardisés vers les filiales africaines sans dupliquer les licences. En contrepartie, l’absence d’ancrage juridique local sur ces métiers limite la capacité à mobiliser l’épargne de chaque pays pour financer les activités concernées, un sujet régulièrement soulevé par les régulateurs de la zone franc.

Le vide laissé par les banques françaises, aubaine ouest-africaine

Le repositionnement des établissements français sur le continent constitue un moteur assumé de la croissance du groupe. Société Générale a cédé ces trois dernières années ses filiales du Burkina Faso, du Cameroun, du Congo, de Mauritanie, du Tchad, de Guinée équatoriale, du Mozambique et du Ghana, dans un mouvement de recentrage amorcé en 2023. BNP Paribas s’est également délesté de la quasi-totalité de ses actifs subsahariens. Ces retraits ont redistribué des portefeuilles clients, notamment corporate, vers les groupes dotés d’un réseau de correspondants bancaires robuste et d’un rating investment grade – deux atouts dont dispose Attijariwafa bank.

« Le départ des banques françaises nous a parfois permis d’acquérir de nouveaux clients qui étaient à la recherche de banques solides disposant d’un réseau de correspondants étendus et d’une offre de produits complète. », indique Ismail Douiri à Financial Afrik. Dans la pratique, cette aubaine profite à l’ensemble des groupes marocains présents dans la zone, Bank of Africa (ex-BMCE) et Banque centrale populaire inclus, qui se livrent une concurrence frontale à Dakar, Abidjan ou Ouagadougou avec les champions nigérians UBA, Access Bank et Zenith.

Hubs d’investissement et bascule digitale

Pour couvrir ses marchés transfrontaliers, le groupe s’appuie sur cinq hubs de banque de financement et d’investissement : Casablanca, Abidjan, Le Caire, Paris et Dubaï. Le choix d’Abidjan comme tête de pont pour l’Afrique de l’Ouest confirme la place prise par la capitale économique ivoirienne depuis la relocalisation du siège régional de la Banque africaine de développement en 2014. Le hub cairote sert d’avant-poste vers l’Afrique de l’Est et le Golfe, tandis que Dubaï constitue une passerelle naturelle pour le financement du commerce avec l’Asie.

En parallèle, Attijariwafa bank a lancé en mai 2024 sa néobanque Simple, pour l’instant limitée au marché marocain. L’initiative s’inscrit dans une tendance régionale lourde : la Banque centrale populaire du Maroc a dévoilé Vialink, tandis que Yup, lancée en 2017 par Société Générale, a été fermée en 2022 faute de rentabilité, illustrant la difficulté d’importer en Afrique un modèle de néobanque calqué sur les acteurs européens. L’extension de Simple aux filiales subsahariennes supposera des adaptations réglementaires que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) encadrent étroitement.

« La banque est en mouvement, dans le réseau physique comme dans le digital. », résume le directeur général. Reste que la bataille du mobile banking se joue aussi, et peut-être surtout, face aux opérateurs télécoms : Orange Bank Africa, Wave et MTN MoMo revendiquent déjà des bases d’utilisateurs qui dépassent celles de nombreuses banques classiques dans la sous-région. Pour les groupes marocains, l’enjeu des cinq prochaines années sera moins l’extension géographique que la capacité à défendre leurs marges face à cette nouvelle concurrence non bancaire.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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