L’opération portée par Nedbank au Kenya entre dans sa phase finale. Le groupe bancaire sud-africain, quatrième acteur de son marché domestique, a franchi les dernières étapes conditionnant la prise de 66 % du capital de NCBA Group, l’un des principaux établissements kényans. Rendu public le 20 octobre 2026, ce feu vert ouvre la voie à un closing qui modifiera la hiérarchie bancaire est-africaine et renforcera la présence des capitaux sud-africains à Nairobi, place financière de référence pour l’ensemble de la Communauté d’Afrique de l’Est.
Nedbank accélère son redéploiement est-africain
Historiquement présent en Afrique australe à travers la plateforme régionale Nedbank Africa Regions, le groupe de Johannesburg a longtemps privilégié une approche prudente du reste du continent, cantonnée à des bureaux de représentation et à une participation minoritaire dans le groupe togolais Ecobank Transnational Incorporated (ETI). La bascule vers une acquisition majoritaire au Kenya constitue donc un changement de doctrine. Elle signale la volonté de disposer d’un véhicule opérationnel propre dans un marché qui concentre une part décisive des flux financiers entre la Corne de l’Afrique, les Grands Lacs et l’océan Indien.
Le choix de NCBA n’est pas anodin. Né en 2019 de la fusion entre Commercial Bank of Africa (CBA) et NIC Group, le groupe kényan figure parmi les cinq premières banques du pays par la taille du bilan et compte des filiales au Rwanda, en Tanzanie, en Ouganda et en Côte d’Ivoire. Il opère également M-Shwari, le service de microcrédit mobile adossé à M-Pesa de Safaricom, qui a largement contribué à bancariser la population kényane depuis 2012. Pour Nedbank, l’actif offre à la fois une base de dépôts solide, une empreinte régionale et une passerelle vers l’écosystème de la finance mobile le plus avancé du continent.
Un marché kényan devenu terrain de recomposition
La transaction s’inscrit dans une séquence de consolidation accélérée du secteur bancaire kényan. La Central Bank of Kenya (CBK), dirigée par Kamau Thugge, a relevé en 2024 l’exigence de capital minimal pour les banques commerciales à 10 milliards de shillings, un seuil qui pousse les acteurs intermédiaires à chercher des adossements. Plusieurs opérations ont déjà rebattu les cartes : l’entrée du nigérian Access Bank dans le capital de Transnational Bank puis de Sidian Bank, la montée en puissance d’Equity Group dans la région, ou encore la prise de contrôle de Mayfair Bank par le mauricien CIB.
Dans ce contexte, l’arrivée d’un acteur sud-africain de la taille de Nedbank, dont les actifs dépassent les 1 300 milliards de rands à l’échelle du groupe, change la nature du jeu concurrentiel. Elle place face à face, sur le sol kényan, trois logiques capitalistiques distinctes : les champions locaux (KCB, Equity, Co-operative Bank), les banques panafricaines à base ouest-africaine ou mauricienne, et désormais les groupes sud-africains décidés à sortir d’un marché domestique saturé où la croissance plafonne à moins de 2 % par an.
Le reflux européen laisse le champ libre aux acteurs du Sud
Cette poussée sud-africaine intervient alors que les banques européennes achèvent leur retrait d’Afrique subsaharienne. BNP Paribas a cédé la quasi-totalité de ses filiales du continent entre 2019 et 2023, Société Générale a vendu ses actifs au Congo, au Tchad, au Burkina Faso, au Cameroun, au Mozambique et au Sénégal entre 2023 et 2024, tandis que Standard Chartered a annoncé en 2022 son départ de sept marchés africains, dont le Cameroun et la Sierra Leone. Barclays avait ouvert la voie dès 2016 en cédant sa participation dans Absa.
Le vide ainsi créé est méthodiquement occupé par des groupes du Sud : marocains (Attijariwafa, BCP, BMCE Bank of Africa), nigérians (Access, UBA, Zenith), togolais (Ecobank) et désormais sud-africains. Nedbank rejoint ici Standard Bank, déjà fortement implantée au Kenya via Stanbic Bank, et dans une moindre mesure Absa, héritière des actifs africains de Barclays. Trois des quatre principales banques sud-africaines disposeront ainsi d’une filiale majeure à Nairobi, ce qui donne à Johannesburg un poids inédit dans la gouvernance financière de l’Afrique de l’Est.
Reste à observer la manière dont la Capital Markets Authority kényane et les autorités de la concurrence encadreront l’intégration opérationnelle. L’enjeu dépasse la seule bancassurance : il touche à la souveraineté sur les systèmes de paiement, au traitement des données clients et à la gouvernance d’un acteur systémique dans un pays où le crédit intérieur au secteur privé représente encore moins de 32 % du PIB, laissant un gisement de croissance considérable au futur ensemble.
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