Kinshasa prépare un circuit direct de 100 M USD avec Dangote et UBA

Large industrial storage tanks with green railings against a clear blue sky.Photo : Jan van der Wolf / Pexels

La raffinerie Dangote, la SOCIR et UBA devraient structurer, au bénéfice de la RDC, un instrument de trésorerie commerciale rotatif plafonné à 100 millions de dollars, destiné à financer l’achat et l’acheminement de produits pétroliers raffinés. Le dossier a été présenté le vendredi 9 octobre 2026 en Conseil des ministres par Daniel Mukoko Samba, vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, et a reçu l’aval de l’exécutif. L’architecture reste suspendue à la finalisation des procédures de conformité et à la clôture des négociations financières avec la banque panafricaine.

Un circuit court pensé contre la dépendance aux négociants

Le choix de passer par la méga-raffinerie nigériane plutôt que par les grands négociants internationaux marque une rupture d’approche. Depuis des années, les importations congolaises d’essence, de gasoil et de jet A1 transitent par un petit nombre de traders basés à Genève, Dubaï ou Londres, qui préfinancent les cargaisons et imposent leurs marges. La formule tripartite envisagée vise à transformer la SOCIR, société d’économie mixte dont la moitié du capital appartient à l’État congolais, en acheteur direct auprès de Dangote, avec UBA comme pourvoyeur de liquidité.

Ce raccourci logistique s’inscrit dans un contexte régional nouveau. La raffinerie Dangote, inaugurée en 2023 à Lekki, dispose d’une capacité nominale de 650 000 barils par jour, ce qui en fait la plus grande installation de ce type sur le continent. Son montée en charge progressive, depuis 2024, a déjà commencé à redessiner les flux ouest-africains et à concurrencer les importations européennes de produits raffinés. En nouant un partenariat formel avec Kinshasa, Aliko Dangote prolonge sa stratégie d’exportation hors du Nigeria, après les premiers chargements vers l’Angola et le Cameroun.

SOCIR, pivot congolais d’un dispositif encore inachevé

La SOCIR, héritière de l’ancienne raffinerie de Muanda, a vu son activité industrielle de raffinage à l’arrêt depuis plusieurs années, faute d’investissements et de brut adapté. Sa reconversion progressive en opérateur de stockage et d’importation lui donne aujourd’hui un rôle d’intermédiaire crédible. En la désignant comme interlocuteur opérationnel pour la RDC, Dangote s’évite les lourdeurs d’un contact direct avec l’administration et confère à l’entité congolaise une forme de monopole d’importation sur le flux concerné.

Daniel Mukoko Samba a toutefois posé deux garde-fous. Le premier est juridique : un arrêté interministériel doit confier formellement à la SOCIR le mandat d’agir pour le compte de l’État dans ce schéma. Le second est économique : les paramètres commerciaux, c’est-à-dire le prix de cession, les volumes, la durée du revolving et les conditions de rémunération de chaque maillon, devront être validés en amont par le gouvernement. Ces précautions traduisent la volonté de ne pas laisser une société d’économie mixte engager seule le crédit souverain, dans un pays où les contentieux miniers et pétroliers passés ont souvent résulté de mandats mal bornés.

Un pari sur la souveraineté énergétique de Kinshasa

La RDC consomme chaque année environ 1,5 à 2 millions de tonnes de produits pétroliers raffinés, importés à près de 100 %. Les ruptures d’approvisionnement, récurrentes à Kinshasa comme dans le Katanga minier, pèsent sur l’activité économique et sur la facture publique à travers le mécanisme de péréquation des prix à la pompe. Toute économie sur la chaîne d’importation, qu’elle vienne de la suppression d’un intermédiaire ou d’un coût de financement plus compétitif, se traduit mécaniquement par un allégement du manque à gagner budgétaire.

Pour UBA, dont la filiale congolaise est présente depuis 2011, l’opération offrirait un ancrage dans le financement structuré pétrolier, segment largement capté jusqu’ici par les banques internationales et sud-africaines. Reste à savoir si la banque panafricaine portera seule la ligne de 100 millions ou si elle organisera une syndication, option plausible compte tenu de la taille de son bilan congolais. La ministre du Portefeuille, Julie Shiku, et la ministre des Hydrocarbures sont intervenues en séance pour appuyer le dispositif, signe que l’ensemble des tutelles sectorielles est aligné.

La prochaine étape attendue est la signature de l’arrêté interministériel, qui déclenchera à son tour la finalisation du term sheet avec UBA et les premiers décaissements. D’ici là, le mécanisme demeure un projet, dont la réussite dépendra autant de la discipline contractuelle de ses promoteurs que de la stabilité du cours du Brent et du franc congolais.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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