Fleuve Congo : Tshisekedi soumet tout transfert d’eau à référendum

A lone tree standing by the riverbanks in Brazzaville, Congo.Photo : Gis photography / Pexels

La 4e Biennale de Luanda, tenue les 22 et 23 octobre 2026 dans la capitale angolaise, a servi de tribune à une mise au point stratégique de Kinshasa sur la souveraineté hydrique de la République démocratique du Congo. Co-organisée par l’UNESCO et l’Union africaine avec le gouvernement angolais, la rencontre avait placé la gouvernance de l’eau au cœur des mécanismes de prévention et de médiation des conflits sur le continent. Dès l’ouverture, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a posé une condition sans ambiguïté : aucun transfert des eaux du fleuve Congo ne sera envisagé sans l’aval direct des citoyens congolais, exprimé par référendum.

Un verrou politique inédit sur le fleuve Congo

Deuxième cours d’eau de la planète par le volume écoulé, derrière l’Amazone, le fleuve Congo draine un bassin partagé avec la République du Congo et, par l’intermédiaire de l’Oubangui, avec la République centrafricaine. Cette hydrographie transfrontalière confère à la RDC un rôle d’arbitre naturel, mais aussi une exposition particulière aux projets de dérivation régionale. En conditionnant toute décision à une consultation populaire, le chef de l’État congolais crée un verrou politique qui dépasse la simple validation parlementaire : il transforme l’eau en bien constitutionnel, difficilement négociable dans le huis clos des sommets diplomatiques.

Le président a complété cette exigence politique par une double condition technique : les garanties scientifiques de préservation des équilibres écologiques et la démonstration que les intérêts nationaux restent protégés. Cette double serrure, démocratique et scientifique, cible explicitement les projets ressurgis ces dernières années autour du transfert d’une partie du débit du bassin congolais vers le lac Tchad, dont la superficie s’est effondrée d’environ 90 % depuis les années 1960, passant de 25 000 à moins de 2 500 kilomètres carrés selon les travaux de la Commission du bassin du lac Tchad. Portés depuis les années 1980 par divers scénarios, dont le projet Transaqua initialement esquissé par l’ingénierie italienne et relancé par des études de faisabilité financées par la Commission du lac Tchad à partir de 2016, ces schémas de dérivation n’ont jamais obtenu l’aval formel de Kinshasa.

Une diplomatie de l’eau sous tension continentale

La posture congolaise s’inscrit dans un contexte africain de crispations hydrauliques multiples. Le bras de fer autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopien, mis en eau à partir de 2020 malgré les protestations du Caire et de Khartoum, a installé l’idée qu’un État d’amont peut imposer unilatéralement un fait accompli sur un fleuve international. Les tensions récurrentes autour du bassin du Sénégal, gérées depuis 1972 par l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, ou les discussions difficiles sur le bassin du Niger, montrent que les mécanismes multilatéraux africains de gouvernance de l’eau restent fragiles. En durcissant sa doctrine, la RDC entend ne pas se retrouver dans la position d’un État d’amont contraint, mais d’un propriétaire souverain d’une ressource rare.

Les chiffres du secteur confortent cette lecture. Le fleuve Congo écoule en moyenne 41 000 mètres cubes par seconde à son embouchure et son potentiel hydroélectrique est estimé à près de 100 000 mégawatts, dont une grande part concentrée sur le site d’Inga, dans la province du Kongo Central. Ce gisement énergétique, longtemps resté sous-exploité avec moins de 2 000 mégawatts installés sur les barrages Inga I et II, constitue l’un des arguments économiques majeurs du discours souverainiste de Kinshasa. La ressource n’est pas uniquement un bien environnemental : elle est un actif industriel, susceptible d’alimenter la future chaîne de valeur des batteries et des minerais stratégiques dont la RDC concentre les gisements de cobalt et de cuivre.

Luanda, laboratoire d’une coopération bilatérale élargie

En marge de la Biennale, Kinshasa et Luanda ont ouvert plusieurs chantiers bilatéraux. Les deux capitales ont évoqué la modernisation des réseaux d’eau potable, la formation d’experts, la mutualisation de données hydrologiques et la lutte conjointe contre la pollution des cours d’eau partagés. La protection des écosystèmes transfrontaliers et l’exploration de solutions énergétiques compatibles avec les contraintes environnementales complètent le tableau. L’enjeu dépasse la simple coopération technique : la RDC et l’Angola partagent une longue façade frontalière et des intérêts convergents sur l’Atlantique Sud, où transite une part croissante des exportations minières congolaises.

En posant la question du référendum, le président Tshisekedi redéfinit les règles du jeu continental sur l’eau. Il signale aux partenaires potentiels, qu’ils viennent du Sahel, du Golfe ou d’ailleurs, que l’accès au bassin congolais devra passer par un contrat politique avec la population, et non plus seulement par un accord entre gouvernements. Pour une ressource dont la rareté s’accentue à l’échelle du continent, cette doctrine pourrait rapidement faire école.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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