Dans l’est de la République démocratique du Congo, les hauts plateaux du Sud-Kivu renouent avec une séquence militaire à haute intensité. Le 8 juin, la coalition formée par l’Alliance Fleuve Congo (AFC), le Mouvement du 23 mars (M23) et la milice Twirwaneho s’est emparée de trois localités situées à cheval sur les territoires de Fizi et de Mwenga. Les Forces armées de la RDC (FARDC) affirment en avoir repris le contrôle dès le 10 juin, au terme d’une contre-offensive de quarante-huit heures. Ce nouvel épisode confirme la fragilité des accalmies successives obtenues dans la région depuis le début de l’année.
Une bataille pour le verrou de Minembwe
Au-delà du décompte des prises et des reprises, l’enjeu réel se situe à quelques dizaines de kilomètres plus à l’est, autour de Minembwe. Cette localité, longtemps présentée comme une enclave sensible des hauts plateaux, constitue un nœud logistique majeur pour qui ambitionne de tenir l’arrière-pays montagneux. Les axes contestés depuis le 8 juin commandent l’accès à ce verrou, et chaque kilomètre gagné modifie la cartographie du contrôle territorial. La coalition rebelle cherche manifestement à élargir sa zone d’influence vers le sud, alors que les forces régulières s’efforcent de préserver la continuité de leur dispositif entre Fizi, Mwenga et Uvira.
Sur le terrain, les combats opposent des unités congolaises appuyées par des supplétifs locaux à une coalition dont la mobilité reste l’un des principaux atouts. Les affrontements se sont déroulés en terrain accidenté, ce qui complique l’établissement d’un bilan fiable. Les deux camps revendiquent des succès tactiques tout en se renvoyant la responsabilité des pertes civiles enregistrées au cours de la séquence.
L’irruption des drones change la donne
L’élément le plus marquant de ces journées tient à l’usage simultané d’aéronefs sans pilote par les belligérants. Côté gouvernemental, l’arme du drone est désormais intégrée à la doctrine des FARDC, qui s’appuient depuis plusieurs mois sur des appareils armés pour appuyer leurs colonnes au sol. La coalition AFC/M23 a, de son côté, démontré une capacité comparable, signe d’une montée en gamme technologique des groupes armés actifs dans les Kivus.
Cette banalisation des frappes téléopérées dans un théâtre déjà saturé d’acteurs change l’équation humanitaire. Des civils figurent parmi les victimes des récentes frappes, selon des sources locales, sans qu’il soit possible à ce stade d’attribuer chaque incident à l’un ou l’autre camp. Les deux parties se rejettent la responsabilité de ces pertes, dans un schéma argumentatif désormais classique des conflits asymétriques. Pour les organisations humanitaires présentes dans la région, la difficulté d’accès aux zones de combat rend l’enquête indépendante particulièrement ardue.
Un test pour les processus de médiation régionale
La reprise des hostilités dans le Sud-Kivu intervient alors que plusieurs initiatives diplomatiques tentent, depuis des mois, de stabiliser l’est congolais. Les processus de Luanda et de Nairobi, ainsi que les contacts plus récents engagés sous l’égide de partenaires extérieurs, peinent à se traduire par un cessez-le-feu durable. Chaque flambée locale, qu’elle se déroule autour de Goma, dans le Rutshuru ou désormais dans les hauts plateaux, fragilise un peu plus la crédibilité de ces médiations.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse la simple gestion d’un front. Le gouvernement doit démontrer sa capacité à tenir des positions stratégiques sans dépendre exclusivement de l’appui de forces étrangères, alors que le retrait progressif de la mission onusienne MONUSCO se poursuit et que les contingents de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ont engagé leur propre désengagement. La capacité de projection des FARDC, jusque dans le maquis des hauts plateaux, devient un indicateur politique autant que militaire.
Reste la question des populations. Les territoires de Fizi et de Mwenga abritent des communautés déjà éprouvées par des années de violences communautaires, en particulier sur les axes Banyamulenge et Bafuliiru. La multiplication des affrontements et le recours aux frappes aériennes risquent d’aggraver des déplacements internes déjà massifs dans la province. Selon RFI Afrique, le contrôle des points stratégiques aux portes de Minembwe constitue désormais le cœur de la confrontation en cours.
Pour aller plus loin
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