Appian prépare 2 milliards de dollars pour sept pays miniers africains

Vibrant aerial view of Parys Mountain's historic copper mine in Wales showcasing rugged geological formations.Photo : Dan Shaw / Pexels

Le capital-investissement minier anglo-saxon accélère son redéploiement en Afrique. Appian Capital Advisory, fonds spécialisé fondé et dirigé par Michael Scherb, prépare une enveloppe d’environ deux milliards de dollars destinée à sept pays du continent, selon des informations rendues publiques fin octobre 2026. L’annonce, encore partielle, confirme un mouvement de fond engagé depuis trois ans par les gestionnaires d’actifs occidentaux : revenir sur une classe d’actifs longtemps délaissée au profit du pétrole et de la tech, et le faire sur un continent qui concentre une part décisive des réserves mondiales de cobalt, de cuivre, de manganèse et de métaux du groupe du platine.

Appian Capital Advisory, acteur discret du capital-investissement minier

Basé à Londres, Appian a bâti sa réputation sur une approche sectorielle rare dans l’univers du private equity : des équipes composées majoritairement d’ingénieurs miniers et de géologues, capables d’intervenir au capital de projets en développement comme d’actifs en production. Le fonds revendique une spécialisation intégrale sur les métaux et minéraux, à rebours des grands généralistes anglo-saxons. Sa signature consiste à prendre des participations majoritaires ou significatives, puis à accompagner la mise en production avant une sortie industrielle, souvent au profit d’un major coté.

Le projet d’allocation de deux milliards de dollars sur sept juridictions africaines marque un changement d’échelle. À titre de comparaison, les véhicules miniers levés sur la décennie précédente par ses pairs, dont Resource Capital Funds à Denver ou Orion Resource Partners à New York, se situaient entre 1,5 et 2,5 milliards de dollars, mais rarement avec un ciblage géographique aussi concentré sur l’Afrique. Appian assume donc un pari de spécialisation, à la fois sectorielle et régionale, qui tranche avec la prudence affichée par la plupart des investisseurs institutionnels sur le risque minier africain.

Métaux critiques : la contre-offensive occidentale face aux groupes chinois

Le calendrier n’est pas neutre. Depuis la publication par la Commission européenne du Critical Raw Materials Act, entré en vigueur en 2024, et l’adoption aux États-Unis de l’Inflation Reduction Act en 2022, les capitaux occidentaux cherchent à sécuriser des chaînes d’approvisionnement en cuivre, nickel, lithium, cobalt et terres rares qui échappent largement au contrôle de Pékin. Or, sur le continent africain, les groupes chinois disposent d’une avance structurelle : CMOC contrôle les mines géantes de Tenke Fungurume et de Kisanfu en République démocratique du Congo, tandis que Zijin Mining s’est imposé sur le cuivre congolais et le lithium malien.

Face à cette emprise, les fonds anglo-saxons misent sur un modèle différent : apport de capitaux patients, standards environnementaux et sociaux calés sur ceux de la Société financière internationale (SFI), et partenariats avec des États producteurs désireux de diversifier leurs partenaires. La diplomatie minière américaine, qu’elle passe par le corridor de Lobito ou par les financements de la Development Finance Corporation, prépare le terrain à ces véhicules privés. Appian s’inscrit dans cette architecture, sans en être formellement partie prenante.

Sept juridictions à haut potentiel, mais à risque politique élevé

Les sept pays visés n’ont pas été rendus publics, mais la géographie des réserves oriente les hypothèses. L’Afrique australe concentre les métaux du platine en Afrique du Sud, le cuivre et le cobalt en Zambie et en RDC, le graphite et le nickel au Mozambique et à Madagascar. L’Afrique de l’Ouest offre, de son côté, l’or de Côte d’Ivoire et du Ghana, le minerai de fer de Guinée avec le projet Simandou, et un lithium émergent au Mali et au Nigeria. L’Afrique australe est historiquement le terrain privilégié d’Appian, qui y détient déjà plusieurs participations opérationnelles.

Reste que la montée des coups d’État dans le Sahel, la révision des codes miniers en Afrique de l’Ouest et la volatilité fiscale observée en Zambie ou en RDC pèsent sur l’équation de rentabilité. Les fonds spécialisés y répondent par des structures de gouvernance renforcées, des contrats d’écoulement signés en amont et un recours systématique à l’assurance politique de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA). Pour les capitales africaines, l’arrivée d’un capital-investissement anglo-saxon mieux doté constitue à la fois une opportunité de rééquilibrage géopolitique et un test de leur capacité à négocier des parts d’État et des engagements de transformation locale à la hauteur de la ressource cédée.

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About the Author

Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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