La Générale des carrières et des mines (Gécamines), bras minier historique de l’État congolais, entame un nouveau cycle stratégique sous la houlette de Baraka Kabemba. Nommé à la tête de l’entreprise publique de la République démocratique du Congo (RDC), le dirigeant doit conjuguer redressement opérationnel, consolidation financière et repositionnement du groupe sur la chaîne de valeur du cuivre et du cobalt. Sa feuille de route s’inscrit dans un contexte où Kinshasa cherche à reprendre la main sur la rente extractive de la province du Haut-Katanga.
Une Gécamines en quête de redressement industriel
L’opérateur minier public, longtemps réduit au rôle de bailleur de gisements via des partenariats avec des majors étrangères, ambitionne de redevenir un acteur producteur à part entière. La nouvelle direction met l’accent sur la remise à niveau de l’outil industriel, la réhabilitation des sites historiques de Kolwezi et Likasi, ainsi que la montée en cadence des projets greenfield et brownfield détenus en propre. L’enjeu est de taille : la Gécamines reste un symbole de la souveraineté économique congolaise, mais son poids dans la production nationale de cuivre s’est érodé au fil des années face aux opérateurs sino-occidentaux installés dans le Copperbelt.
Baraka Kabemba défend une approche pragmatique fondée sur la rentabilité par actif. Chaque filiale, chaque joint-venture doit démontrer sa contribution à la marge consolidée du groupe. Cette discipline financière s’accompagne d’un audit serré des contrats de partenariat, dans la continuité des renégociations engagées ces dernières années avec plusieurs investisseurs chinois. La direction entend également activer les leviers de la transformation locale, notamment dans le raffinage du cobalt, dont la RDC concentre près des trois quarts de la production mondiale.
Gouvernance, conformité et discipline financière
Le second pilier de la stratégie porte sur la gouvernance interne. La nouvelle équipe dirigeante affiche une volonté de renforcer la transparence, de fiabiliser le reporting financier et d’aligner les pratiques de l’entreprise sur les standards exigés par les partenaires multilatéraux. Cette orientation répond aux attentes des bailleurs, au premier rang desquels le Fonds monétaire international, dont le programme avec Kinshasa intègre des engagements sur la transparence du secteur extractif.
La maîtrise de la dette historique constitue un autre chantier sensible. La Gécamines traîne depuis plusieurs années un passif lourd, hérité d’une décennie de sous-investissement et de litiges contractuels. Baraka Kabemba mise sur une renégociation ordonnée de ces engagements, couplée à une remontée des cash-flows opérationnels portée par le supercycle des métaux de la transition énergétique. Le cuivre, dont les cours évoluent au-dessus de 9 500 dollars la tonne sur le London Metal Exchange, offre une fenêtre favorable pour assainir le bilan.
La gestion des ressources humaines figure également parmi les priorités annoncées. Le groupe emploie plusieurs milliers d’agents, dont une partie reste affectée à des sites en sommeil. La direction prévoit un plan de redéploiement progressif, articulé autour de la formation technique et de la relance des unités productives. Cette dimension sociale est jugée déterminante pour préserver la paix sociale dans le Grand Katanga, bassin minier où la Gécamines conserve une fonction d’employeur de référence.
Repositionnement stratégique sur les métaux critiques
Au-delà des fondamentaux, la vision portée par Baraka Kabemba s’inscrit dans la compétition mondiale pour les métaux critiques. Cuivre, cobalt, lithium, germanium : la RDC dispose d’un portefeuille géologique unique, que la Gécamines entend valoriser en remontant la chaîne. La direction évoque le développement de capacités de transformation sur place, en partenariat avec des industriels asiatiques et, plus récemment, des groupes du Golfe intéressés par les batteries électriques.
Le rapprochement avec l’Arab Coordination Group et les fonds souverains émiratis figure parmi les pistes explorées pour financer les futurs investissements. Kinshasa cherche à diversifier ses sources de capitaux miniers, longtemps polarisées par la Chine. Cette inflexion diplomatique offre à la Gécamines un espace de négociation élargi, à condition que la gouvernance interne suive le rythme des ambitions affichées.
Reste que la trajectoire dépendra de la stabilité politique nationale et de la capacité de la direction à tenir le calendrier opérationnel. Le marché surveille les premiers indicateurs de production attendus dans les prochains trimestres. Selon Financial Afrik, la nouvelle équipe entend poser dès cette année les jalons d’un retour durable de la Gécamines parmi les producteurs significatifs de cuivre raffiné.
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