S&P remonte la note du Burkina Faso à B- malgré le choc sécuritaire

Large mining truck at a quarry in Thabazimbi, South Africa, under clear blue sky.Photo : Kefentse Molotsane / Pexels

La note souveraine du Burkina Faso remonte d’un cran dans la grille de S&P Global Ratings, qui a porté l’évaluation à B-. L’agence américaine justifie son geste par la résilience de l’économie burkinabè et une amélioration de la trajectoire budgétaire, deux éléments qui tranchent avec l’image d’un pays enfermé dans une crise multiforme. Pour Ouagadougou, dirigée depuis septembre 2022 par le capitaine Ibrahim Traoré, cette décision prend une portée politique autant qu’économique.

Un cran gagné dans la catégorie spéculative

Le relèvement à B- maintient toutefois le Burkina Faso dans la catégorie dite spéculative, à six crans en dessous du seuil d’investissement. Dans la nomenclature des agences, cette zone regroupe les émetteurs dont la capacité de remboursement reste sensible aux chocs. Le pays sort d’une période où sa signature avait été dégradée à plusieurs reprises depuis le double coup d’État de 2022, avec un passage sous le seuil CCC+ qui avait pratiquement fermé l’accès aux marchés internationaux.

Dans les faits, le Trésor burkinabè n’émet plus d’eurobonds depuis plusieurs années et finance ses besoins presque exclusivement sur le marché régional de l’UEMOA, via les émissions de bons et obligations du Trésor coordonnées par l’agence UMOA-Titres. Le relèvement de la note de S&P agit donc moins comme un signal pour Wall Street que comme un indicateur de prime de risque pour les investisseurs institutionnels ouest-africains, banques régionales en tête, qui absorbent l’essentiel de la dette publique burkinabè.

L’or, variable cachée du redressement budgétaire

La résilience saluée par l’agence doit beaucoup à une conjoncture extérieure favorable. Le Burkina Faso est le quatrième producteur d’or du continent, derrière le Ghana, le Mali et le Soudan, avec une production qui oscille autour de 50 à 60 tonnes par an selon les années. Depuis 2023, le cours de l’once a franchi plusieurs plafonds historiques et navigue au-dessus de 2 500 dollars, portant mécaniquement les recettes fiscales du secteur extractif.

Les autorités de la transition ont par ailleurs engagé une reprise en main du secteur minier, avec la création de la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB) et un durcissement des conditions imposées aux opérateurs étrangers. Ces choix, qui rejoignent ceux observés au Mali et au Niger voisins, ont permis d’accroître la part captée par l’État sur la rente aurifère. Reste que cette dépendance accentue la vulnérabilité du budget à tout retournement des cours.

Côté dépenses, la contrainte sécuritaire pèse lourdement. La lutte contre les groupes armés mobilise des ressources considérables, estimées à plus de 20 % du budget général selon les lois de finances récentes, au prix d’un effet d’éviction sur l’investissement civil et les services sociaux. Toute amélioration des indicateurs budgétaires doit se lire à l’aune de cet arbitrage permanent entre dépense de souveraineté et viabilité de la trajectoire.

Un signal pour la Confédération des États du Sahel

La décision de S&P intervient dans un contexte régional inédit. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2024 pour former la Confédération des États du Sahel (AES). Cette rupture institutionnelle avait nourri les craintes d’un isolement financier durable, d’autant que les trois pays conservent le franc CFA et restent, pour l’heure, intégrés à l’UEMOA et à la BCEAO.

Le relèvement de la note burkinabè contraste avec la trajectoire du Mali, dont la signature reste plus dégradée chez Moody’s, et conforte l’idée que les marchés distinguent désormais les situations au sein de l’AES. Pour les investisseurs régionaux, le message est double. D’une part, un pays sous régime militaire peut regagner la confiance des agences dès lors qu’il rétablit une discipline budgétaire. D’autre part, cette confiance reste conditionnée à la soutenabilité d’un modèle économique où la rente aurifère compense un environnement sécuritaire et politique encore très incertain.

Le prochain rendez-vous sera celui des autres agences, Fitch n’étant plus active sur la signature burkinabè et Moody’s maintenant une appréciation plus sévère. Un alignement progressif viendrait consolider l’accès du pays au marché régional et abaisser le coût de sa dette intérieure, principale variable de sa soutenabilité financière à moyen terme.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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