La Zambie accueillera une unité chinoise de vaccins anticholériques

Vaccine bottles with labels placed on a wicker tray indoors, showcasing a healthcare setup.Photo : Thể Phạm / Pexels

L’usine chinoise de vaccins en Zambie annoncée par Lusaka s’inscrit dans un contexte épidémiologique tendu. Depuis fin 2023, l’Afrique australe traverse l’une de ses pires vagues de choléra en vingt ans : la Zambie a recensé plus de 23 000 cas et plus de 700 décès entre octobre 2023 et avril 2024, selon les bilans communiqués par le ministère zambien de la Santé et relayés par le bureau Afrique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La Zambie voisine du Mozambique, du Malawi et du Zimbabwe, également touchés, fait face à une pénurie mondiale récurrente de doses de vaccin oral.

Une réponse industrielle à une pénurie mondiale de doses

Le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins (ICG), piloté par l’OMS, l’Unicef, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et Médecins sans frontières, gère depuis 2013 un stock mondial de vaccins oraux contre le choléra. Ce stock, alimenté pour l’essentiel par le sud-coréen EuBiologics, a été structurellement inférieur à la demande en 2022, 2023 et 2024, contraignant l’ICG à passer d’un schéma à deux doses à une dose unique en octobre 2022. C’est précisément dans cette brèche que le projet industriel zambien vient se loger.

En décidant d’héberger une chaîne de production sur son territoire, la Zambie cherche à sécuriser un approvisionnement direct, sans passer par les circuits d’allocation internationaux où elle est tributaire de pays souvent eux-mêmes en situation d’épidémie. La logique est double : répondre à la demande intérieure et, à terme, servir de plateforme régionale pour les pays voisins de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).

La Chine prolonge en Zambie sa diplomatie pharmaceutique africaine

L’arrivée d’un industriel chinois à Lusaka n’est pas isolée. Elle prolonge une séquence engagée depuis le sommet du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) de Dakar en 2021, où Pékin avait promis un milliard de doses de vaccins anti-Covid et annoncé le financement de dix projets sanitaires sur le continent. Depuis, plusieurs implantations ont vu le jour ou ont été annoncées : Sinopharm au Maroc via un accord avec Sothema signé en 2021 pour le remplissage de vaccins, un projet de coentreprise entre le chinois Humanwell et le groupe égyptien VACSERA, ou encore des discussions au Rwanda et en Éthiopie autour de plateformes de bioproduction.

Le choix de la Zambie n’a rien de fortuit. Partenaire historique de Pékin depuis la construction du chemin de fer TAZARA inauguré en 1976, le pays a bénéficié en 2024 d’un important rééchelonnement de sa dette extérieure négocié avec ses créanciers, dont la Chine est le premier bilatéral. Un investissement industriel à vocation sanitaire s’inscrit logiquement dans cette normalisation financière et offre à Pékin un relais visible de sa diplomatie du vaccin.

Un positionnement qui interroge les équilibres multilatéraux

L’initiative zambienne intervient alors que l’Union africaine, à travers l’African Vaccine Manufacturing Accelerator (AVMA) lancé en juin 2024 par Gavi avec une enveloppe d’un milliard de dollars, entend porter à 60 % d’ici 2040 la part des vaccins consommés en Afrique produits sur le continent, contre moins de 1 % aujourd’hui. Le projet sino-zambien s’inscrit formellement dans cette trajectoire de souveraineté vaccinale africaine, mais il la nourrit par un canal bilatéral, hors du cadre financier de Gavi.

Pour l’OMS Afrique et l’Alliance Gavi, la multiplication de ces lignes de production adossées à des partenaires chinois ou indiens pose une question de gouvernance : préqualification des produits, inspection des bonnes pratiques de fabrication, conditions d’accès des agences humanitaires. Le vaccin oral contre le choléra produit à Lusaka devra obtenir la préqualification OMS pour être acheté par l’ICG et redistribué par l’Unicef, étape qui prend généralement de deux à quatre ans après la mise en service d’une usine.

Reste que, pour la Zambie et ses voisins régulièrement frappés par le choléra, la perspective d’une production locale change l’équation. Elle réduit la dépendance à un fournisseur unique, raccourcit les délais logistiques et offre, si le transfert de technologie se concrétise, les premiers jalons d’une filière bioproductive en Afrique australe. Les conditions industrielles exactes, calendrier, capacité annuelle et montant d’investissement, détermineront la portée réelle de cette annonce.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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