Ali Kessaci prend la tête de la SNTF pour piloter la modernisation

Railway tracks with mountainous backdrop in Béjaïa, Algeria, under cloudy skies.Photo : hilal SK / Pexels

La SNTF, opérateur ferroviaire public algérien, ouvre un nouveau chapitre de sa gouvernance avec la nomination d’Ali Kessaci à sa direction générale. Ingénieur issu des rangs de l’entreprise, le nouveau patron connaît de l’intérieur les rouages d’un réseau qui traverse l’un des cycles d’investissement les plus intensifs de son histoire. Sa désignation intervient à un moment où le gouvernement algérien a érigé la remise à niveau du transport ferroviaire en priorité stratégique, à la croisée de la mobilité intérieure, du désenclavement du Sud et de la logistique minière.

Un profil technique pour un opérateur en pleine mue

Le choix d’un cadre maison n’est pas anodin. Il tranche avec les nominations plus politiques qui ont ponctué l’histoire récente de plusieurs entreprises publiques du secteur des transports. En s’appuyant sur un ingénieur formé au contact du terrain, l’exécutif entend visiblement privilégier la continuité opérationnelle et la maîtrise des dossiers techniques. La Société nationale des transports ferroviaires gère à la fois le trafic voyageurs, le fret et l’exploitation d’infrastructures dont une partie remonte à l’époque coloniale, ce qui suppose une double compétence, industrielle et gestionnaire.

Le contexte est exigeant. Le rail algérien accuse un retard chronique en matière de vitesse commerciale, de ponctualité et de couverture territoriale. Les autorités ont annoncé, ces dernières années, l’électrification progressive de plusieurs axes structurants, la modernisation de la signalisation et l’acquisition de matériel roulant, notamment en partenariat avec des constructeurs européens et asiatiques. Piloter cette transformation exige une capacité à articuler travaux d’infrastructure, formation des personnels et bascule numérique de l’exploitation.

Le rail, colonne vertébrale d’une ambition logistique

Au-delà de la seule SNTF, c’est la place du chemin de fer dans le modèle économique algérien qui se joue. Alger mise sur une extension significative du réseau vers le Sud, avec en ligne de mire la desserte des gisements de fer de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, dont l’exploitation à grande échelle est présentée comme un levier de diversification hors hydrocarbures. Sans corridor ferroviaire performant, l’évacuation de la production minière vers les ports du Nord resterait un goulet d’étranglement.

La même logique s’applique au fret conteneurisé et au trafic de céréales. Le report modal de la route vers le rail figure parmi les objectifs affichés par les pouvoirs publics, à la fois pour désengorger les axes routiers, réduire la facture énergétique et améliorer la compétitivité des filières exportatrices. La réussite de cette bascule dépendra largement de la fiabilité du service offert par l’opérateur historique, et donc de la qualité d’exécution de son nouveau management.

Un chantier à haute intensité capitalistique

La modernisation ferroviaire mobilise des montants considérables. Financements du Trésor, crédits bancaires, appuis extérieurs : le tour de table de la SNTF et de son commanditaire, l’Agence nationale d’études et de suivi de la réalisation des investissements ferroviaires (ANESRIF), s’inscrit dans une architecture budgétaire complexe. La soutenabilité économique de l’entreprise reste un point de vigilance, alors que les recettes commerciales peinent historiquement à couvrir les charges d’exploitation, obligeant l’État à intervenir régulièrement.

Ali Kessaci hérite donc d’une équation à plusieurs inconnues : accélérer la livraison des chantiers en cours, améliorer la qualité de service perçue par les usagers, contenir la masse salariale d’une entreprise employant plusieurs milliers d’agents, et préparer la montée en puissance des lignes destinées au trafic minier. La marge d’erreur est étroite, d’autant que les projets ferroviaires se jugent sur des cycles longs, souvent supérieurs à la durée d’un mandat de direction.

Reste que la promotion d’un profil technique interne envoie un signal à l’écosystème industriel du pays. Elle suggère une volonté d’ancrer la transformation du rail dans une continuité d’expertise, plutôt que dans les ruptures de cap qui ont pu affecter d’autres opérateurs publics de la région. Les prochains mois diront si cette approche suffit à réconcilier calendrier politique, contraintes budgétaires et attentes des usagers. Selon El Watan, la nomination d’Ali Kessaci est présentée comme celle d’un ingénieur maison appelé à mener à bien le chantier de modernisation ferroviaire.

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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