Le référendum annoncé par le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye suscite une réaction inattendue au sein même de son camp. Le Premier ministre Ousmane Sonko, figure historique de Pastef et véritable architecte politique de la victoire d’avril 2024, a publiquement exprimé son scepticisme à l’égard de la consultation populaire envisagée par le chef de l’État. Dans un vocabulaire volontairement cru, il a évoqué un « tapalé » — expression wolof désignant une manœuvre dilatoire — destiné selon lui à gagner du temps sur des réformes attendues.
Une divergence de méthode au sommet de l’État sénégalais
La sortie du chef du gouvernement traduit une tension inédite dans le tandem exécutif installé à Dakar depuis dix-huit mois. Jusqu’ici, le duo formé par Diomaye Faye et Ousmane Sonko avait affiché une remarquable cohésion, malgré les paris hasardeux qui accompagnaient toute cohabitation entre un président élu par procuration politique et son mentor devenu Premier ministre. Les mots employés cette fois par le patron de Pastef marquent une rupture de registre.
Le référendum annoncé par la présidence porterait, selon les éléments disponibles, sur des réformes institutionnelles d’ampleur. Le calendrier, les questions soumises au vote et le périmètre exact du texte n’ont toutefois pas été précisés publiquement. C’est précisément ce flou que semble reprocher le Premier ministre, qui plaide pour une action législative rapide plutôt qu’un détour par les urnes. Dans son analyse, la majorité parlementaire dont dispose Pastef à l’Assemblée nationale rend superflu, voire coûteux, le recours à une consultation directe.
Le poids politique du Premier ministre Ousmane Sonko
La position d’Ousmane Sonko ne relève pas d’une simple divergence technique. Fondateur et président de Pastef, il conserve un ascendant idéologique et militant considérable sur l’ensemble de la mouvance présidentielle. Ses prises de parole, y compris lorsqu’elles heurtent les canons de la communication institutionnelle, mobilisent instantanément une base électorale acquise à sa rhétorique de rupture. En qualifiant de « tapalé » la démarche référendaire, il envoie un signal aux cadres du parti autant qu’au président lui-même.
Reste que ce recadrage public interroge la répartition réelle du pouvoir entre le palais et la Primature. La Constitution sénégalaise confère au chef de l’État la prérogative exclusive de soumettre un projet au référendum, en vertu de son article 51. Le Premier ministre ne dispose d’aucun levier constitutionnel pour bloquer une telle initiative. Sa contestation se joue donc sur le terrain politique, celui de l’opinion et du parti, où il conserve une influence de premier rang.
Un signal pour la stabilité politique du Sénégal
Pour les partenaires économiques et diplomatiques du Sénégal, cette dissonance mérite attention. Dakar est engagée dans un dialogue exigeant avec le Fonds monétaire international (FMI) après la révélation de dettes cachées héritées du régime précédent, et la lisibilité du pouvoir exécutif conditionne la confiance des bailleurs. Les investisseurs mobilisés autour des projets gaziers et pétroliers, notamment le champ de Sangomar exploité depuis juin 2024, surveillent également les signaux de gouvernance.
Sur le plan intérieur, l’opposition, affaiblie depuis les législatives anticipées de novembre 2024, pourrait tirer parti de la brèche. Les partis de l’ancienne majorité, réduits à une portion congrue à l’Assemblée, guettent tout signe de fissure au sein du camp Pastef. Une querelle prolongée sur la méthode référendaire fournirait un point d’appui commode à leur reconstruction.
Concrètement, la balle demeure dans le camp de la présidence. Le chef de l’État peut choisir de maintenir son projet, quitte à assumer la contestation venue de son propre Premier ministre, ou reprendre l’initiative en clarifiant l’objet et le calendrier de la consultation. Les prochaines semaines diront si la sortie d’Ousmane Sonko relève d’un simple avertissement interne ou du prélude à une recomposition plus profonde du pouvoir sénégalais. Selon Seneweb.
Pour aller plus loin
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