Le chef de l’État libanais Joseph Aoun a saisi les instances compétentes pour contester la loi de restructuration bancaire adoptée par le Parlement, jugeant que le texte, dans sa version actuelle, rend impossible la signature d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI). Cette prise de position, rare pour un président libanais sur une législation économique, intervient alors que Beyrouth négocie depuis plus de cinq ans un programme d’assistance financière avec Washington et les institutions de Bretton Woods, condition sine qua non à tout déblocage des capitaux étrangers vers un pays dont le PIB s’est effondré de plus de moitié depuis 2019.
Un veto présidentiel qui vise le cœur de la réforme bancaire
Selon les motifs invoqués par la présidence, plusieurs dispositions du texte voté contreviendraient aux exigences formulées par la mission du FMI ces derniers mois. Les points de friction porteraient notamment sur la hiérarchie des pertes, la protection des petits déposants et la répartition de la charge entre l’État, la Banque du Liban et les actionnaires des établissements de crédit. Aoun estime que la loi, telle qu’elle a été adoptée, dilue la responsabilité des banques commerciales dans la perte estimée à plus de 70 milliards de dollars qui plombe le système financier depuis l’automne 2019.
Le recours présidentiel reprend l’argumentaire défendu par le gouverneur par intérim de la Banque centrale et par plusieurs économistes consultés par l’exécutif. Pour ces derniers, un texte complaisant à l’égard du secteur bancaire reviendrait à transférer l’essentiel du fardeau sur les finances publiques et, in fine, sur les contribuables libanais, hypothèse rejetée par les équipes du FMI. L’institution de Washington conditionne son appui, de l’ordre de trois milliards de dollars sur quatre ans, à une loi de restructuration jugée crédible et équitable.
Un blocage institutionnel aux conséquences stratégiques
La démarche du président place le Parlement devant un choix inconfortable. Soit la Chambre amende le texte dans un sens plus conforme aux attentes du Fonds, soit elle maintient sa version initiale et consacre une rupture de fait avec Washington. Plusieurs blocs parlementaires, proches des établissements bancaires, ont déjà fait savoir qu’ils défendraient le texte initial. À l’opposé, les députés réformistes et une partie des forces politiques issues du soulèvement d’octobre 2019 soutiennent l’initiative présidentielle.
Le blocage dépasse la seule technique financière. Depuis la nomination de Nawaf Salam à la tête du gouvernement en début d’année, l’exécutif libanais s’est engagé auprès de ses partenaires occidentaux et des bailleurs du Golfe à boucler rapidement le volet législatif réclamé par le FMI. Les capitales européennes, en particulier Paris, ont fait de la conclusion de ce programme la condition préalable à toute conférence de soutien et à la relance des financements de la Banque mondiale pour les infrastructures et l’énergie.
Le FMI, pivot d’un redressement en suspens
Sans accord formel avec le Fonds, le Liban demeure privé d’accès aux marchés internationaux de capitaux, dans un contexte où la livre libanaise s’échange autour de 89 500 pour un dollar et où plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté selon les Nations unies. Les transferts de la diaspora, estimés à près de 6,5 milliards de dollars par an, constituent la principale bouée de sauvetage de l’économie, aux côtés d’une dollarisation de facto qui ampute l’État de ses leviers monétaires.
Le président Aoun a par ailleurs rappelé que le processus de reconstruction du Sud-Liban, dévasté par la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2024, dépend directement de la capacité du pays à sécuriser des financements extérieurs. Les besoins ont été chiffrés à plusieurs milliards de dollars par la Banque mondiale, montants inaccessibles tant que le volet FMI reste bloqué. Le passage en force du Parlement, s’il devait se confirmer, risquerait donc d’ajourner sine die le retour du Liban dans le concert financier international. Selon Al Akhbar, le chef de l’État considère qu’une signature avec le Fonds n’est désormais plus envisageable en l’état.
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