BOAD Development Days : Serge Ekué trace la feuille de route de Lomé

Aerial cityscape of Kano, Nigeria showcasing dense urban architecture and sprawling rooftops.Photo : alameen .ng / Pexels

Les 11 et 12 juin, Lomé s’est imposée comme la capitale financière temporaire de l’Afrique de l’Ouest. La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) y a tenu la deuxième édition de ses BOAD Development Days, un format conçu pour rapprocher bailleurs, investisseurs institutionnels et acteurs privés autour des grands chantiers de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Pendant quarante-huit heures, banquiers, assureurs, spécialistes du rehaussement de crédit, promoteurs immobiliers, architectes et décideurs publics ont confronté leurs analyses sur une question structurante : comment mobiliser les capitaux nécessaires à une zone appelée à franchir le seuil des 300 millions d’habitants d’ici le milieu du siècle.

L’événement, organisé sous l’égide du président de l’institution Serge Ekué, dépasse la seule problématique du logement, pourtant placée au cœur de cette édition. Il interroge plus largement la capacité de la sous-région à arrimer son architecture financière à la pression démographique, urbaine et climatique qui s’annonce. À la veille des travaux, le dirigeant de la BOAD avait accordé un entretien croisé à Jeune Afrique, Sika Finance, Agence Ecofin et Financial Afrik, livrant un panorama de la doctrine d’investissement de la banque régionale.

Une banque régionale au pivot de l’économie ouest-africaine

Bras financier de l’UEMOA depuis 1973, la BOAD occupe une position singulière dans l’écosystème africain. Elle finance à la fois les États membres et le secteur privé, sur des maturités longues que le marché bancaire commercial peine encore à offrir. Sous la présidence de Serge Ekué, banquier d’affaires arrivé aux manettes en 2020, l’institution basée à Lomé a accéléré sa diversification : émissions obligataires sur les marchés internationaux, partenariats avec des bailleurs multilatéraux, ouverture aux instruments de finance durable. La trajectoire vise à hisser la banque au rang d’émetteur de référence pour la zone franc CFA et à élargir son volume d’engagements.

Cette montée en gamme s’inscrit dans un environnement régional contraint. La pression sur les budgets publics, l’érosion de l’aide bilatérale traditionnelle et la prudence renouvelée des investisseurs étrangers obligent les institutions de développement à innover. La BOAD revendique désormais une approche fondée sur l’effet de levier : un franc engagé doit en mobiliser plusieurs autres auprès des financiers commerciaux, des fonds souverains et des assureurs-crédit. Les BOAD Development Days servent précisément à matérialiser cette ambition de syndication.

Logement, urbanisation et bombe démographique

Le choix du logement comme thématique centrale n’est pas anodin. Les huit pays de l’UEMOA, du Sénégal au Niger en passant par la Côte d’Ivoire et le Togo, affichent les taux d’urbanisation parmi les plus dynamiques du continent. Abidjan, Dakar, Bamako ou Ouagadougou voient leur périphérie s’étendre à un rythme que les politiques publiques d’aménagement peinent à encadrer. Le déficit cumulé en logements abordables se chiffre en millions d’unités, et la demande continuera de croître à mesure que la classe moyenne urbaine se consolide.

Pour Serge Ekué, la réponse passe par l’industrialisation de la chaîne immobilière : standardisation des montages financiers, mobilisation de l’épargne longue domestique notamment via les compagnies d’assurance, recours aux mécanismes de garantie pour abaisser le coût du capital. La présence à Lomé d’architectes et de promoteurs aux côtés des financiers traduit cette volonté d’intégrer la conception technique des projets aux exigences de bancabilité. Reste à transformer l’essai sur le terrain, où les questions foncières et réglementaires demeurent des obstacles récurrents.

Souveraineté financière et nouveaux partenariats

Au-delà du logement, l’entretien accordé par le président de la BOAD a abordé les grandes orientations stratégiques de l’institution : positionnement face aux investisseurs du Golfe, place de la finance verte, articulation avec les nouvelles dynamiques politiques régionales. La banque revendique une posture pragmatique, ouverte à tous les capitaux compatibles avec ses standards, qu’ils viennent d’Europe, d’Asie, du Moyen-Orient ou des marchés africains eux-mêmes.

Cette diversification des sources de financement traduit une tendance de fond sur le continent. Les institutions régionales cherchent à réduire leur dépendance aux bailleurs traditionnels et à construire une autonomie d’arbitrage. Pour la BOAD, l’enjeu consiste à concilier cette ouverture avec la préservation de sa notation, condition d’accès à des ressources longues et bon marché. La feuille de route esquissée à Lomé devra désormais se traduire en pipeline de projets concrets dans les huit pays membres. Selon Financial Afrik.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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